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Pourquoi la voix des élèves compte-t-elle?

« Écrivez dans votre propre style, écrivez de votre propre voix, écrivez sur ce qui vous intéresse et n'abandonnez jamais. » (Malorie Blackman – Young People's Writer)1

par Mary Jennifer Payne

En tant qu'auteure et enseignante dans un quartier défavorisé, je trouve extrêmement important d'inculquer à mes élèves l'idée que leur style d'écriture, et surtout leurs propos, importent. Je suis convaincue qu'une enseignante ou un enseignant ne peut pas apprendre à un élève à trouver sa voix dans l'écriture. Toutefois, il est de son devoir d'apprendre aux élèves les rouages de l'écriture, de les guider à trouver leur propre voix et, surtout, de les encourager à prendre des risques quand ils écrivent.

Ce faisant, l'enseignante ou l'enseignant incitera ses élèves à se passionner pour l'écriture. De leur côté, les élèves montreront davantage d'enthousiasme à l'égard de travaux d'écriture qui leur parlent et leur permettent de cultiver et d'utiliser leur propre voix. Si ce processus paraît simple, les enseignants savent bien qu'il n'en est rien. Dans l'enseignement de l'écriture, il faut tenir compte de nombreux facteurs. Il semble qu'à la préadolescence, la lecture et l'écriture rebutent certains élèves, en particulier les garçons. Ils font précipitamment leurs travaux écrits et leurs devoirs les laissent indifférents.

La littératie elle-même est un concept socioculturel et, face à la montée des nouvelles technologies, l'à-propos du texte dans l'existence des élèves par rapport à celle du visuel et de la littératie axée sur les médias est un autre sujet qui contrarie de nombreux enseignants. La littératie évolue rapidement à n'en pas douter, comme en témoigne la prolifération des courriels, de la messagerie texte, du blogage et du réseautage social dans le monde entier. Il est fort possible qu'à l'avenir, on ne soit plus obligé d'être capable de composer de longs textes bien écrits. Toutefois, à l'heure actuelle, il est encore d'actualité d'habiliter les élèves à écrire clairement et selon leur propre timbre de voix dans divers genres et formats.

Dans notre quête tout à fait valide d'autres données, il ne nous faut pas adopter la même philosophie pour tous. Certains tests normalisés sont valables lorsque l'information qu'on y glane est utilisée à bon escient. Ils visent à donner aux conseils scolaires, aux écoles et au personnel enseignant une idée du niveau des élèves par rapport au curriculum provincial et des secteurs dans lesquels ces derniers ont peut-être besoin d'un appui plus soutenu. Les évaluations ainsi que beaucoup d'autres sources de données, dont les travaux des élèves et les notes d'observation, permettent d'influencer sur les éventuelles orientations et voies de communication ouvertes à emprunter, et de mieux comprendre l'apprentissage.

Les enseignants doivent aussi se rendre compte que le savoir sommatif axé sur le contenu n'est pas la seule façon pour les élèves de démontrer ce qu'ils savent. Il ne faut pas insister davantage sur les rouages de l'écriture que sur l'acquisition de l'expression libre; il ne faut pas dévaluer chez les élèves la créativité, la pensée critique et l'apprentissage de l'autonomie.

Récemment, alors que je me trouvais dans une salle pleine d'enseignants qui participaient à une séance d'harmonisation de travaux d'élèves, j'ai été absolument atterrée de me rendre compte que des textes rédigés dans un style convenu qui répondaient bien à la question, mais dans lesquels les élèves n'avaient pas vraiment trouver leur voix ou ne faisaient preuve d'aucune créativité, étaient très bien notés et jugés davantage de la trempe d'un écrivain.

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En revanche, d'autres rédactions qui répondaient à la question de manière plus détournée, mais affichaient une métacognition et dans lesquelles les élèves s'exprimaient de leur propre voix, étaient jugées très inférieures. À ceux qui affirment qu'il faut accorder plus de valeur au contenu qu'à la voix, je dis que, lorsqu'il s'agit de l'art de l'écriture, je ne suis pas d'accord.

Comment donc faut-il exactement s'y prendre pour aider les élèves à trouver leur propre voix en écriture? Nous devons tout d'abord définir concrètement et comprendre ce qu'on entend par voix authentique en écriture. Lors des recherches que j'ai été amenée à faire pour écrire cet article, je me suis rendu compte avec quelque surprise que la voix de l'écriture personnelle est définie de nombreuses manières. Certains la décrivent comme un processus tout à fait mécanique et simpliste, dans lequel l'élève procède à des choix conscients en ce qui concerne le vocabulaire et la structure de phrase pour trouver sa voix d'écrivain. Je ne suis pas d'accord avec eux. Si l'acquisition de ces compétences est essentielle pour bien écrire, celles-ci à elles seules ne garantissent pas la naissance d'une voix de l'écriture personnelle. Une personne qui écrit bien détient tout simplement les compétences voulues pour exprimer des idées de manière cohérente dans un éventail de formes et de genres.

C'est l'émergence de la personnalité conjuguée à un style d'écriture unique qui constitue la voix. Ce sont là les éléments essentiels du développement et de la naissance d'une voix personnelle en écriture. Un texte peut dégager une forte voix personnelle sans qu'il soit pour autant grammaticalement et syntaxiquement parfait. Inculquer à nos élèves l'amour de l'écriture et la foi dans leur talent d'écrivains dotés d'une voix propre signifie que nous devons sincèrement accorder de la valeur à leurs écrits et à la façon dont ils choisissent de s'exprimer. Pour nos élèves, particulièrement ceux des quartiers défavorisés, il est risqué de donner une voix à leurs écrits. Il leur est déjà souvent arrivé de ressentir les contrecoups de la marginalisation par la classe, la race, le sexe, la religion ou les antécédents culturels dans le système d'éducation et dans l'ensemble de la société. Afin que les élèves prennent le risque d'écrire d'une voix authentique, il faut qu'ils aient l'impression qu'on accorde de la valeur à leurs expériences en classe. Il faut qu'ils se sentent en sécurité pour parler du fond du cœur. Par aider les élèves à trouver leur voix, on entend créer un milieu d'écriture sûr dans lequel la diversité est respectée et reconnue, un milieu qui encourage l'amour de la lecture et des mots et permet aux élèves d'être des spécialistes du sujet qu'ils traitent.

Les écrivains sont toujours d'avides lecteurs. Dès qu'on demande à des auteurs ce que doivent faire des écrivains en herbe, la réponse est invariablement : lire et écrire. L'auteure britannique Malorie Blackman conseille aux jeunes auteurs novices de trouver leur propre style et leur façon de s'exprimer. De ne copier personne. Et surtout, de LIRE. D'après elle, celle ou celui qui ne lit pas ne peut prétendre écrire.2 Les enseignants doivent donc inculquer aux élèves la passion de la lecture et des mots. Pour se faire, en particulier avec les élèves des quartiers défavorisés qui courent souvent le risque d'éprouver des difficultés scolaires en raison d'un certain nombre de facteurs, il est important que les textes de fiction et de non fiction que les enseignants choisissent de présenter ou de proposer à leurs élèves soient adaptés de façon probante à leur vie et à leurs expériences.

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L'expérience de la lecture devient plus enrichissante et plus prenante pour tous les lecteurs si ces derniers sont en mesure de s'associer au texte d'une certaine façon, qu'ils voient un lien entre le texte et eux-mêmes, entre le texte et le monde ou entre le texte et d'autres textes. Les élèves des quartiers défavorisés ont différents antécédents culturels, religieux et raciaux et possèdent une mine de connaissances sur le monde qui les entoure.

Dans la vie quotidienne, ils se heurtent à une myriade de problèmes et de situations stressantes liées à la pauvreté et ils sont souvent témoins, ou l'ont été, de violence, de racisme et d'autres formes de préjugés systémiques. En présentant aux élèves, en particulier à ceux qui lisent à contrecœur, des textes stimulants qui leur parlent, nous leur montrons que leur vécu et celui des autres, surtout celui de ceux dont les voix ont été exclues, ont leur importance. Nous donnons une légitimité à leurs voix. Depuis la sortie du film hollywoodien, Freedom Writers, de nombreuses personnes connaissent aujourd'hui les travaux d'Erin Gruwell et de ses élèves de l'école Wilson High School à Long Beach, en Californie. Sur le site Web de la Freedom Writers Foundation, son premier groupe d'élèves explique comment Mme Gruwell leur a fait aimer au début la lecture et, par la suite, l'écriture. Selon les élèves, elle leur a mis entre les mains des livres écrits par des jeunes qui leur parlaient ; les élèves éprouvaient le sentiment d'être emprisonnés dans une cage, comme Anne Frank, et s'identifiaient à la vie violente de Zlata Filipovic.3

Comme les élèves de Mme Gruwell, beaucoup d'élèves avec lesquels j'ai travaillé cette année étaient au début complètement fermés à la lecture pour diverses raisons. Pour certains, lire était simplement trop cher. Il s'agissait de mes lecteurs apprentis. Âgés de 11 ou 12 ans, ils lisaient au commencement de l'année scolaire au niveau d'un enfant du début du cycle primaire. Parmi eux, beaucoup étaient des garçons qui répondaient aux critères s'appliquant aux élèves ayant des besoins particuliers en éducation. Le groupe de lecture que j'animais en troisième période se composait d'une fille et de trois garçons qui étaient tous pratiquement incapables de lire indépendamment au niveau de la 1re ou 2e année. Au cours de l'année, je les ai vus refuser catégoriquement de lire pour finalement en arriver à se disputer le plaisir de lire à voix haute devant le groupe. Nous avons lu ensemble divers textes, y compris un certain nombre de textes graphiques traitant de la vie de Nelson Mandela et de Ruby Bridges ou d'autres portant sur le génocide ruandais des années 1990 et les origines du jazz à la Nouvelle-Orléans.

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Les textes choisis permettaient non seulement aux élèves de faire le lien entre le combat de Mandela et de Bridges et les difficultés auxquelles eux-mêmes se heurtent dans leur propre vie, mais aussi de tirer parti de leurs connaissances antérieures sur l'apartheid, la ségrégation et le Mouvement pour la défense des droits civiques aux États-Unis pour mieux comprendre les textes. Nous avons étudié comment les voix s'exprimaient et avons analysé les thèmes sous-jacents et sous-entendus dans les textes que nous lisions ensemble, y compris la poésie de Benjamin Zephaniah et de Tupac Shakur. Le niveau de lecture de nombreux élèves s'est grandement amélioré. L'un des garçons, qui lisait seul au niveau d'un élève de la maternelle, est parvenu à lire seul au niveau attendu en 3 e année. Un autre, qui rechignait beaucoup à lire et à répondre par écrit aux questions sur les textes, prend aujourd'hui les rênes de nos discussions et cercles de lecture.

Dans son commentaire écrit sur le poème de Tupac Shakur, The Rose that Grew From the Concrete, il a démontré qu'il avait un sens aigu de sa propre voix et une métacognition. Selon lui, Tupac essayait de dire que personne n'aimait la fleur. En fait, il ne savait pas vraiment ce que Tupac essayait de dire, mais il essayait quand même de l'expliquer et de définir la façon dont le poème est lié à la vie humaine. Je n'insisterai jamais assez sur le fait que les écrivains lisent avec avidité et adorent les mots, comme le souligne Carol Wells du Yale-New Haven Teachers Institute, c'est le manque de motivation chez l'élève et l'enseignante ou l'enseignant qui est un des facteurs les plus importants à sous-tendre le faible rendement en lecture des élèves des écoles des quartiers défavorisés. 4 Dans les quartiers défavorisés, les enseignants doivent non seulement motiver les élèves à aimer les mots et à lire, mais il faut aussi qu'ils aient eux-mêmes envie de découvrir ce qui intéresse leurs élèves et de trouver des textes qui séduiront ces derniers.

Permettez-moi de vous expliquer rapidement la raison pour laquelle il est si important de présenter aux élèves des textes appropriés, alors que nous les aidons sur cette route qui les mènera à aimer la lecture et l'écriture. Il y a une raison dont il faut entre autres tenir compte, soit celle qui veut que l'achat de livres soit un privilège réservé à ceux qui en ont les moyens financiers. Dans les quartiers défavorisés, le coût des livres est prohibitif pour les élèves et les parents. Des bibliothèques scolaires et locales bien garnies et convenablement financées constituent une bonne solution de rechange. En faisant connaître aux élèves leur bibliothèque locale et en les aidant à obtenir une carte de bibliothèque, nous contribuons considérablement à ce qu'il leur soit plus facile de lire pendant les vacances scolaires. Toutefois, les élèves ne se serviront de ces ressources que si nous les motivons à lire, ce qui nous ramène à leur présenter des textes qui témoignent de leur vécu et le justifient, tout en leur permettant de faire des liens importants. Comme le souligne Pooja Makhijani dans South Asia and the South Asian Diaspora in Childrens' Literature, pourquoi avons-nous besoin de trouver des personnages qui nous ressemblent dans les livres que nous lisons?

Quand un enfant se retrouve dans des livres, sa culture, son histoire et leur importance prennent un sens, en particulier lorsque la société a marginalisé leur culture et leurs expériences.5 L'un des mes collègues qui a grandi dans un logement social et enseigne aujourd'hui dans un quartier défavorisé, tout en étant connu à Toronto pour sa poésie parlée, confirme que le lien entre l'amour de la lecture et le fait pour un auteur de trouver sa voix est primordial. Il déclare à ce propos qu'il faut définitivement adorer lire et lire beaucoup pour vraiment trouver son propre style et sa propre voix quand on écrit. L'important est de pouvoir s'identifier à ce qu'on lit, ce qui peut signifier tant de choses, du personnage au sujet, au décor, au problème, à la solution, aux thèmes et ainsi de suite.6 Au moment de notre conversation, il avait terminé la veille la lecture, la discussion et la déconstruction de The House That Crack Built de Clark Taylor avec ses élèves de 5e et 6e année. La lecture à haute voix devant toute la classe d'un roman ou d'une nouvelle représente aussi une excellente occasion pour l'enseignante ou l'enseignant d'amener les élèves à tracer leurs propres liens avec le texte. De plus, la lecture à voix haute permet aux élèves qui ont des difficultés ou des déficiences en lecture d'être exposés à des textes qu'ils ne seraient pas en mesure de lire seuls et de découvrir.

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Le passage de la langue orale et de la discussion d'un texte à l'écriture n'est ni un automatisme ni aisé pour tous les élèves. De nombreuses discussions s'imposent avant de passer à l'écriture. L'intégration des arts constitue un autre excellent moyen de cultiver un sentiment de sécurité et de réussite chez les élèves qui trouvent difficile de mettre leurs idées sur papier. Bien entendu, il est indispensable que les enseignants prennent le temps d'enchâsser des leçons d'écriture théoriques, dirigées et mutualisées dans tout écrit. L'enseignante ou l'enseignant qui veut aider les élèves à trouver leur voix leur donnera une leçon remarquable en composant un texte écrit d'une voix authentique. Si nous demandons aux élèves de prendre le risque d'écrire des inscriptions au journal, des mémoires, des poèmes ou toute autre composition d'une voix authentique, nous devons aussi partager avec eux notre voix personnelle quand nous leur donnons en modèles nos œuvres. Parmi mes élèves, j'en ai beaucoup qui ont besoin pour écrire d'une technologie d'assistance, comme un logiciel de synthèse vocale. Il est important que les élèves ayant des troubles de motricité fine aient le choix d'écrire à l'ordinateur, au lieu de se servir d'un papier et d'un stylo. L'objectif : amener l'élève à écrire et à se sentir bien ce faisant. J'ai aussi appliqué une approche en quatre étapes pour aider mes élèves à se concentrer sur leurs pensées et leurs idées et alléger la pression qu'ils ressentent pour organiser leurs écrits. Je leur demandais de : 1) Reformuler 2) Répondre à la question 3) Appuyer leur réponse à partir du texte et 4) faire des liens (entre le texte et eux-mêmes, le texte et le monde ou le texte et d'autres textes). Ce plan a réellement aidé mes élèves en difficulté et les liens qu'ils ont trouvés ont marqué la première étape de la découverte de leur propre voix.

Afin d'aider ses élèves à trouver leur propre voix en tant qu'auteurs, une enseignante ou un enseignant peut, et c'est ce qu'elle ou il fera de plus valable, leur faire découvrir leur pouvoir en leur permettant d'être des écrivains spécialistes. Les élèves qui habitent dans des quartiers défavorisés ont une mine d'expériences et de savoir à partager.

Beaucoup d'entre eux sont nés à l'étranger ou sont immigrants de la première génération et ont de nombreuses histoires à raconter. Il est important de donner aux élèves la liberté de devenir nos enseignants. Après avoir lu et s'être plongés dans des textes qui leur parlaient vraiment, les élèves dans Freedom Writers racontent en détail le périple qui les a amenés à devenir des écrivains passionnés. Ils ont commencé par écrire des inscriptions anonymes au journal sur les épreuves qu'ils rencontraient dans leur vie quotidienne. Ils ont parlé des gangs, de l'immigration, des drogues, de la violence, de mauvais traitements, de la mort … et de bien d'autres sujets sur lesquels ils n'avaient jamais eu l'occasion de s'exprimer auparavant.7

Pour ma première année d'enseignement, j'ai été nommée dans une école située dans un quartier de logements sociaux du sud-est de Londres. Parmi les devoirs écrits que j'ai donnés à mes élèves, il y en eut un pour lequel je leur demandais de concevoir et de rédiger une brochure touristique sur Greenwich. Au lieu de me réjouir des travaux que mes élèves m'avaient remis, la description de leurs expériences à Wimpy's Burgers, de leur magasinage à l'épicerie Iceland ou de leur match de soccer au parc au lieu d'une visite détaillée de Cutty Sark, du Maritime Museum ou du Royal Observatory, m'a au départ catastrophée. Leurs travaux résonnaient de leur propre écho et mes élèves avaient pris le risque de partager leurs expériences avec moi. Les liens que mes élèves avaient faits avec Greenwich étaient authentiques et se fondaient sur leur vécu dans le quartier. Dans l'écriture de ces brochures touristiques retentissaient les voix de jeunes marginalisés, vivant dans la précarité socio-économique dans l'une des villes les plus chères du monde. Je détenais l'occasion idéale de permettre à mes élèves de devenir des auteurs spécialistes et de me renseigner sur leur existence. Malheureusement, à cette époque, je ne me suis pas vraiment rendu compte de la valeur de leurs compositions écrites. Ce fut une leçon que l'enseignante que je suis ne devait jamais oublier.

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À l'heure actuelle, j'enseigne dans une école située dans le plus ancien et le plus grand programme de logements sociaux du Canada. La zone est en plein réaménagement, ce qui signifie que les habitations en rangées et les maisons sont démolies pour laisser place à un mélange de logements sociaux, d'appartements appartenant à des particuliers et d'entreprises. Il y a quelques années, avant le début du réaménagement de la zone, j'ai demandé à mes élèves de 5e et 6e année de rédiger une composition persuasive ou descriptive sur les changements que leur communauté était sur le point de subir. En leur donnant la possibilité de s'exprimer par écrit sur leur vécu et sur un sujet extrêmement personnel, je leur permettais d'être des spécialistes. Cette composition a passionné les élèves et, dans leur écriture, retentissait leur propre voix. On trouve ci-dessous quelques extraits tirés des travaux de quelques élèves :

[Traduction]

« La première raison que je mentionnerai est que le plan du quartier est dangereux parce qu'il y a trop d'endroits sombres où les criminels peuvent se cacher. En plus, les caméras de sécurité sont peintes en noir et personne ne peut voir ce qui se passe au fond du hall. Les serrures principales sont aussi cassées et il y a beaucoup de trafiquants de drogue qui vendent des drogues et des armes. Est-ce que vous aimeriez marcher jusqu'à votre porte principale et voir des trafiquants de drogue en train de fumer et de boire? »

Un autre élève a écrit :

[Traduction]

« La dernière chose dont je voudrais parler c'est de nos écoles. La plupart de nos écoles sont vieilles et elles tombent en morceaux et si vous ne me croyez pas écoutez ça… il y a quelques semaines à l'école, une des conduites d'eau s'est cassée et il y a eu une inondation et une panne d'électricité… Est-ce que vous voulez que la prochaine génération connaisse toute cette destruction qui se passe dans notre communauté ou est-ce que vous allez garder la tête haute et faire de Regent Park un meilleur endroit? Si vous le faites, alors félicitations et merci d'aider à faire de Regent Park un meilleur endroit pour tout le monde. »

Et un autre élève de 5e année a composé ce qui suit quand je leur ai demandé de composer un poème sur un sujet de leur choix :

The War of Life

Every day you go through a war
It is like
Going digging
Until the bottom
Without a shovel
And it doesn't end each time
Your almost there but
More gravel comes when
You wake up to just another
Day of war
Until one Saturday afternoon
Someone dies
Then
You see some flowers and
A R.I.P from the
War of life and the other person that got shot rushed to the hospital
And there family members are either worried or crying
It is sad going through this war then you have
Everybody lying to you and you get to see the person finally back
On his feet because he got shot in the kneecap and it took three
Years to start walking again and that's it you
Died
And another baby has been born the day you
Died
And ready to go through the same thing you went through
Ready to go through the war of life.

En fin de compte, l'un des aspects essentiels du rôle de l'enseignante ou de l'enseignant est de donner aux élèves des quartiers défavorisés le pouvoir de s'exprimer d'une voix authentique dans leurs écrits et dans toute leur vie scolaire. Ce faisant, les enseignants doivent accorder de la valeur au savoir et au vécu dont sont bardés les élèves qui leur arrivent. Il y a de nombreuses questions à ce propos que je n'ai fait qu'effleurer dans cet article. L'une des plus importantes est celle de la marginalisation des élèves et de leur famille en raison des préjugés de classe, de race et de sexe qui prévalent dans notre système d'éducation et dans toute la société.

Certes, les élèves des quartiers défavorisés sont en difficulté d'un point de vue socio-économique, mais ils ne se trouvent certainement pas dans une situation de faiblesse quand il s'agit de leur savoir et de leur expérience. Il est évident que souvent le curriculum et les méthodes d'évaluation normalisées du système d'éducation ne reflètent pas le genre de savoir et de vécu de ces élèves et ne leur accordent guère de valeur. Les histoires et la voix de nos jeunes marginalisés sont importantes. Il faut les entendre.

-- Mary Jennifer Payne is a teacher at Nelson Mandela Park Public School
in the Toronto District School Board

1. www.bbc.co.uk/blast/writing/blast_writing_section_coming_soon/72239
2. www.malorieblackman.co.uk/faq/
3. www.freedomwritersfoundation.org/
4. www.yale.edu/ynhti/curriculum/units/1980/4/
5. www.poojamakhijani.com/sakidlitintro.html
6. From a conversation with my colleague, Sean Isaacs, at Nelson Mandela Park Public School, Toronto, Canada.
7. www.freedomwritersfoundation.org/