Monographies sur l'éducation de l'enfance en difficulté Numéro trois : Élèves en difficulté du palier secondaire présentant de légères déficiences intellectuelles

Direction de l'enfance en difficulté, août 1986


Table des matières

  1. Objectif
  2. Le mandat pédagogique
  3. Qui sont ces élèves en difficulté présentant de légères déficiences intellectuelles?
  4. Planification du programme au palier secondaire
  5. Description de cours
  6. Mise en pratique des connaissances
  7. Méthodes pédagogiques pour les enseignants
    1. Acquisition des concepts
    2. Aptitude à la réflexion
    3. Aptitude à la communication
    4. Aptitude à l'étude
    5. Évaluation

1. Objectif

Cette monographie a pour objet d'aider les enseignants des écoles secondaires dans l'élaboration des cours, la planification des leçons et l'enseignement aux élèves présentant de légères déficiences intellectuelles. Voici les aspects discutés :

  • structurer un programme d'apprentissage pour l'élève;
  • organiser l'école et la classe;
  • encourager la lecture et les aptitudes à l'alphabétisation;
  • promouvoir la confiance en soi et la sociabilité.

Les suggestions générales suivantes s'appliquent à tous les programmes-cadres.

2. Le mandat pédagogique

La Loi sur l'éducation stipule que tous les élèves, y compris les élèves en difficulté, doivent recevoir une éducation adaptée à leurs besoins et à leurs aptitudes. La législation définit l'élève en difficulté comme étant un élève « atteint d'anomalies de comportement, de communication, ou d'anomalies d'ordre intellectuel ou physique, ou encore d'anomalies multiples qui appellent un placement approprié de la part du comité [ ... ] dans un programme d'enseignement à l'enfance en difficulté offert par le conseil ».

Les programmes destinés à l'enfance en difficulté peuvent être offerts dans des cadres divers, tels une salle de classe ordinaire, une classe clinique, ou encore une classe ou une école d'élèves en difficulté.

Lorsqu'un comité d'identification, de placement et de révision a établi qu'un ou une élève est en difficulté, il recommande un placement approprié. Il s'agit alors d'élaborer un plan qui comprenne des objectifs particuliers et permette une évaluation continue. Le placement doit être révisé au moins une fois par an; toutefois, un parent peut demander une révision à n'importe quel moment après une période de trois mois.

3. Qui sont ces élèves en difficulté présentant de légères déficiences intellectuelles?

Les élèves présentant des déficiences intellectuelles, et reconnus comme élèves en difficulté au palier élémentaire ou à leur entrée à l'école secondaire, possèdent des aptitudes limitées pour la lecture, l'écriture et l'exécution d'exercices de base en arithmétique. La complexité de l'organisation de l'école secondaire alliée à la difficulté des manuels scolaires et au contenu abstrait de bien des cours dans les écoles secondaires, aux niveaux général et avancé, augmentent l'anxiété de ces sujets et nuisent à leur rendement. Ces élèves peuvent  :

  • avoir vécu des expériences scolaires négatives ou frustrantes;
  • éprouver des difficultés à accepter la critique constructive;
  • manifester des comportements extrêmes;
  • éprouver de la difficulté à s'adapter aux changements de routine;
  • avoir besoin d'être rassurés pour établir et maintenir un rapport enseignant-élève empreint de confiance;
  • s'ennuyer;
  • n'avoir obtenu que des résultats scolaires décevants;
  • éprouver des difficultés à lire, à écrire et à s'organiser;
  • éprouver des déficiences de langage qui nuisent aux progrès scolaires;
  • avoir besoin d'acquérir une plus grande indépendance;
  • avoir abandonné des matières scolaires auxquelles ils attribuaient peu d'importance;
  • avoir peu d'assurance dans leurs rapports avec autrui;
  • être réticents à participer aux travaux et aux activités scolaires.

Il convient également de tenir compte d'autres facteurs comme les commentaires d'enseignants précédents concernant le rendement de l'élève, les données consignées dans les dossiers scolaires et le niveau d'engagement des enseignants à travailler avec les élèves présentant de légères déficiences intellectuelles.

4. Planification du programme au palier secondaire

Les élèves qui passent de l'élémentaire au secondaire doivent, s'adapter à un nouveau milieu d'apprentissage. Il est important de déterminer les besoins particuliers de ces élèves dès leur entrée à l'école secondaire. Il est essentiel d'établir une liaison étroite entre l'école secondaire et l'école élémentaire pour être en mesure d'offrir aux élèves présentant de légères déficiences intellectuelles un programme approprié dès le début de leurs études secondaires. Il importe que ces élèves bénéficient de dispositions particulières, dans le cadre du programme scolaire au palier secondaire, pour acquérir confiance en soi et respect de soi.

Lorsqu'on place ces élèves dans des situations d'apprentissage, il est nécessaire de tenir compte des aspects suivants du rendement scolaire :

  • niveau de compétence linguistique;
  • aptitude à la lecture verbale et non verbale;
  • compétence en mathématiques;
  • résultats des épreuves ou examens scolaires;
  • attitude envers l'école et qualités personnelles;
  • rapports avec camarades et adultes;
  • motivation et volonté d'accomplir les tâches;
  • autres facteurs, comme aptitude à l'orthographe et aux langues étrangères, attentes des parents et des élèves, talents artistiques, aptitudes physiques naturelles, passe-temps et qualités de chef.

5. Description de cours

Les cours sont élaborés à partir des programmes-cadres du ministère de l'Éducation. La section 2.3 de la circulaire Les écoles de l'Ontario aux cycles intermédiaire et supérieur* souligne que les «expériences d'apprentissage doivent correspondre aux besoins, aptitudes, goûts et aspirations [des élèves], mais leur contenu, leurs méthodes et leur évaluation peuvent varier. Ces programmes doivent donc pouvoir être modifiés en fonction de la nature, de l'importance et du rythme de ces expériences.»

Pour répondre aux besoins des élèves, on devra donc :

  • combiner les crédits obligatoires et à option;
  • adapter le contenu des cours;
  • utiliser, en classe, des méthodes pédagogiques spécialisées;
  • créer en priorité un milieu propice à l'apprentissage.

Les programmes-cadres du ministère de l'Éducation soulignent les attentes de la politique provinciale en matière d'élaboration des descriptions de cours. La responsabilité en ce domaine, et notamment l'adaptation et la mise en œuvre de ces cours, revient aux enseignants.

* Titre abrégé : Les écoles de l'Ontario.

Il importe que les enseignants responsables de l'élaboration des descriptions de cours soient conscients des connaissances, des aptitudes et des attitudes de l'élève ou d'un certain groupe d'élèves. Par une adaptation minutieuse du cours, les enseignants pourront aider les élèves à terminer un cours avec succès. Pour ce faire il s'agit de :

  • planifier d'autres méthodes d'enseignement;
  • concevoir des techniques d'évaluation appropriées;
  • offrir à l'élève un matériel didactique adapté à son niveau d'apprentissage.

Il incombe aux enseignants de préparer une description de cours qui soit compréhensible pour l'élève et qui corresponde aux objectifs du programme-cadre. Le cours doit stimuler l'apprentissage, favoriser la réflexion et le raisonnement et maintenir l'intérêt de l'élève.

Les matières offertes à l'école secondaire ne le seront pas toutes aux trois niveaux de difficulté. À la section 4.6, la circulaire Les écoles de l'Ontario souligne qu'« un grand nombre de cours ne seront dispensés qu'à un seul niveau de difficulté, mais lorsque les circonstances s'y prêtent, l'école peut offrir des cours à plus d'un niveau de difficulté afin de mieux répondre aux besoins des élèves. Cela est particulièrement important dans les matières obligatoires, que les élèves doivent avoir suivies avec succès pour obtenir leur diplôme. »

L'adaptation du contenu ne consiste pas simplement à modifier les niveaux de difficulté. Il s'agit d'effectuer des modifications au contenu, à l'approche pédagogique et à l'évaluation.

La section 4.6 de la circulaire Les écoles de l'Ontario spécifie que : « quel que soit leur niveau de difficulté, les cours peuvent être adaptés en fonction des besoins des élèves en difficulté. Cette tâche revient généralement à la direction de l'école. [ ... ] Les cours de niveau fondamental doivent permettre à l'élève de développer ses aptitudes personnelles, sa conscience sociale et sa confiance en lui-même et de se préparer au monde du travail. L'élève doit bien comprendre l'utilité des études théoriques et des travaux pratiques. »

6. Mise en pratique des connaissances

La circulaire Les écoles de l'Ontario souligne l'aspect pratique des connaissances acquises par l'élève. L'adaptation des cours en vue de tenir compte des besoins et des compétences individuels est une responsabilité primordiale des enseignants.

La section 2.9 de la circulaire Les écoles de l'Ontario donne de la préparation à la vie la définition suivante : « on entend par préparation à la vie l'acquisition des connaissances dont on a besoin dans la vie de tous les jours. » La circulaire énumère, à titre d'exemples, onze aptitudes :

  • s'exprimer clairement et avec justesse;
  • analyser les idées exprimées dans une image, un texte ou une conversation;
  • distinguer les opinions des faits;
  • calculer;
  • planifier son temps;
  • avoir l'esprit pratique;
  • élaborer des projets en définissant les objectifs poursuivis, les étapes nécessaires et la durée prévue;
  • établir des priorités;
  • lire un journal ou suivre une émission de télévision ou un film avec un esprit critique;
  • évaluer la qualité de son propre travail;
  • traiter les autres avec respect et courtoisie.

Un grand nombre d'élèves présentant de légères déficiences intellectuelles envisagent d'entrer sur le marché du travail immédiatement après l'école secondaire. Des cours pratiques doivent être intégrés à leurs programmes d'études. Dans de tels cas, les écoles peuvent mettre l'accent sur les études pratiques en adoptant un programme de cours regroupés. À la section 5.9, la circulaire Les écoles de l'Ontario souligne que « les enseignants peuvent, en travaillant en étroite collaboration, tisser des liens entre les cours d'un programme donné en vue de faciliter l'entrée sur le marché du travail ou l'approfondissement d'un domaine d'études particulier. »

L'élève qui suit des cours techniques devrait s'inscrire à des cours de français qui préparent à la lecture de manuels techniques, ainsi qu'à des cours de mathématiques ayant trait à la pratique des mathématiques techniques. Ces cours devraient être planifiés conjointement par tous les enseignants qui offriront les programmes de cours regroupés.

On ne saurait trop insister sur l'importance de la collaboration entre enseignants. il appartient au directeur ou à la directrice d'école de donner aux enseignants de classes cliniques et aux enseignants spécialisés l'occasion de se rencontrer régulièrement et de discuter de l'adaptation des cours pour s'assurer que les programmes rencontrent les besoins des élèves. Il convient d'intégrer, dans ces réunions, des discussions suivies sur les objectifs, le contenu, le matériel didactique et les méthodes pédagogiques, et de prévoir des occasions d'échange sur les besoins individuels des élèves. Ces discussions constituent donc une tribune nécessaire à l'élaboration, la mise en œuvre et la révision des programmes.

À la section 4.5, la circulaire Les écoles de l'Ontario parle de l'inclusion de modules d'une durée de 30 heures donnant droit à un quart de crédit chacun qui permettront une plus grande flexibilité en matière de choix de cours et de volume de travail.

Les sections 5.11 et 5.12 de la circulaire Les écoles de l'Ontario proposent d'autres solutions permettant d'offrir des programmes dont les composantes scolaires sont reliées au marché du travail. Ces sections ont pour objet d'assurer que les cours qui comportent des programmes d'éducation coopérative et des stages en milieu de travail répondent aux finalités de la politique du ministère de l'Éducation en matière de programmes.

  • Section 5.11

L'éducation coopérative peut aider les élèves à développer des aptitudes qui peuvent être mises à profit dans les services sociaux, le monde des affaires, l'apprentissage d'un métier ou toute autre activité ou étude dans la collectivité, dans la mesure où l'apprentissage extra scolaire enrichit l'expérience éducative de l'élève. Ces cours comportent des composantes scolaires et extra scolaires permettant d'associer de façon heureuse l'apprentissage et l'expérience.

  • Section 5.12

Les stages en milieu de travail constituent pour les élèves une excellente occasion de mieux connaître le monde du travail, sous la supervision d'un employeur, pour une durée limitée, dans le cadre d'un cours ouvrant droit à des crédits. Lorsqu'il fait partie intégrante du programme de l'élève, le stage lui permet de mettre en pratique et d'approfondir ses aptitudes professionnelles et ses connaissances techniques ou commerciales.

7. Méthodes pédagogiques pour les enseignants

Le succès de l'apprentissage repose en grande partie sur la corrélation entre les méthodes pédagogiques et les besoins d'apprentissage des élèves. Certains élèves requièrent une présentation de matériel très structurée et de l'aide dans l'organisation de leur travail. Ils peuvent également bénéficier d'une démarche pédagogique multisensorielle.

  1. Acquisition des concepts
    Il est possible que les élèves présentant de légères déficiences intellectuelles ne saisissent pas facilement certains concepts et aient tendance à les oublier. Par conséquent, les enseignants doivent :
    • être aussi concrets que possible et aller du concret vers l'abstrait en passant par le figuratif. Les opérations de la pensée abstraite, comme l'évaluation et la déduction, sont souvent difficiles;
    • présenter des concepts sous différents aspects;
    • s'en tenir à des périodes d'apprentissage de courte durée, et donner des explications simples;
    • effectuer des exercices structuraux et de répétition;
    • s'efforcer de terminer une leçon en une seule séance;
    • montrer des applications;
    • traiter des faits avant d'entamer la discussion;
    • mettre à contribution des expériences personnelles;
    • posséder un répertoire varié d'aides visuels et concrets;
    • éviter le symbolisme que l'on retrouve parfois dans les formules mathématiques et scientifiques;
    • prévoir du temps pour la discussion; l'échange d'idées constitue le meilleur moyen de favoriser la compréhension.

  2. Aptitude à la réflexion
    Il peut s'avérer nécessaire de donner aux élèves l'occasion de développer leurs aptitudes à la réflexion, au raisonnement et à la prise de décision. Pour ce faire, les enseignants doivent :
    • créer des situations susceptibles de promouvoir ces aptitudes, par le biais de casse-tête, de jeux et de problèmes logiques;
    • utiliser des situations dans la classe pour démontrer, par des moyens simples, les différentes étapes de résolution des problèmes;
    • donner des instructions simples pour aider les élèves à comprendre le processus de résolution des problèmes.

  3. Aptitude à la communication
    L'enseignement de la lecture, de l'écriture, de l'écoute et de l'expression exige une attention particulière. Les enseignants doivent être disposés à essayer plusieurs démarches, notamment les suivantes :
    • choisir des lectures intéressantes;
    • utiliser le matériel destiné à l'éducation de base des adultes, dans le cas des élèves peu enclins à la lecture;
    • faire la lecture aux élèves (cette méthode est la meilleure pour certains élèves et aide à prolonger la durée de concentration);
    • présenter, sur bande magnétique, le contenu des manuels scolaires afin que les étudiants puissent l'écouter;
    • accorder une importance particulière au vocabulaire. Présenter, au besoin, le vocabulaire propre à certaines matières. Des termes plus simples pourraient remplacer le vocabulaire technique; par exemple, « chiffre du haut » et « chiffre du bas » peuvent remplacer « numérateur » et « dénominateur »;
    • prévoir du temps pour les réponses, et encourager l'élève à s'exprimer de façon articulée et non par un simple «oui» ou «non». Il peut s'avérer nécessaire de reformuler ou de répéter les questions;
    • donner l'occasion aux élèves de rédiger avec succès;
    • utiliser l'ordinateur (des didacticiels pourraient s'avérer utiles).

  4. Aptitudes à l'étude
    Des aptitudes médiocres en matière d'organisation peuventêtre un obstacle à l'apprentissage. L'élève dont le rythme d'apprentissage est lent requiert parfois une attention particulière sous forme de simples conseils au niveau de l'organisation. Pour ce faire, les enseignants doivent :
    • montrer aux élèves comment prendre des notes durant le cours;
    • montrer aux élèves comment utiliser les aides graphiques, comme les illustrations et les schémas;
    • encourager le ou la bibliothécaire de l'école à orienter les élèves vers la documentation disponible;
    • donner des directives, étape par étape, pour l'exécution des travaux scolaires;
    • s'en tenir à des périodes de travail de courte durée et varier les activités;
    • encourager et aider l'élève à s'organiser.

  5. Évaluation
    Les méthodes d'évaluation doivent être adaptées aux besoins des élèves. Les élèves dont le rythme d'apprentissage est lent ont besoin d'aide pour améliorer leur aptitude à la lecture et à l'interprétation, et formuler des réponses lors d'épreuves écrites et orales. En outre, ils doivent comprendre les méthodes d'évaluation. Lorsqu'ils évaluent les élèves, les enseignants doivent :
    • considérer un large éventail de techniques d'évaluation, par exemple les examens oraux dans lesquels les question sont lues ou présentées sur bande magnétique;
    • prévoir le plus de temps possible pour les réponses;
    • accepter des réponses sous une forme schématisée;
    • lorsque cela s'avère opportun, utiliser de courtes série de questions et faire appel à des techniques objectives;
    • lorsque c'est possible, présenter les questions accompagnées d'illustrations et de diagrammes et permettre l'usage de ces aides dans les réponses.

    Il importe d'évaluer régulièrement le rendement des élèves et de les encourager. Les rapports doivent être fréquents et constructifs. Les enseignants sont encouragés à :

    • communiquer avec les parents hors du cadre scolaire pour discuter de questions d'intérêt commun;
    • adresser des notes brèves aux parents pour souligner les réalisations de l'élève (cela peut améliorer considérablement l'image de l'élève dans son milieu familial);
    • téléphoner aux parents pour souligner un fait positif (ce geste peut renforcer la fierté des Parents au sujet de l'élève et aider celui-ci ou celle-ci à former une image positive de soi);
    • aider parents et élèves à établir des objectifs réalisables dans les domaines où l'élève peut prétendre au succès

    Il importe de ne pas oublier qu'à leur entrée à l'école secondaire, les élèves présentant des déficiences intellectuelles ont probablement essuyé des échecs répétés et, de ce fait, ont d'eux-mêmes une image négative. Ils se sentent parfois désemparés et étrangers à la vie de l'école.

    Au cours des premières étapes d'apprentissage au palier secondaire, le développement de la confiance en soi et d'une image positive de soi est indispensable pour favoriser, chez l'élève, une attitude qui lui permettra de maîtriser un contenu spécifique, d'acquérir des aptitudes particulières et de vivre des expériences scolaires épanouissantes.