Commission royale sur l'éducation

La complexité de la réforme

Pendant que nous rédigions le rapport, on nous a fait parvenir un article du journal britannique The Independent comparant les réformes de l'éducation en Grande-Bretagne et en France. « Alors que le gouvernement de John Major demande au personnel enseignant de reprendre les cours magistraux, y lit-on, les ministres français préconisent un enseignement plus personnalisé. (...) Quant aux examens, les Français s'orientent à l'opposé de la Grande-Bretagne : à partir de l'an prochain, en effet, il n'y aura plus en France d'épreuves à l'échelle nationale; on procédera plutôt par échantillonnage d'écoles. (...) Enfin, alors que les ministres britanniques veulent que la formation du personnel enseignant soit plus pragmatique, les Français insistent sur une plus grande connaissance de la théorie. » Comme l'a fait remarquer un membre de notre personnel, « c'est pile ou face ».

Les exemples abondent. Lors de nos consultations publiques, de nombreux intervenants ont proposé comme modèle le système d'éducation japonais. Toutefois, il existe au Japon d'ardents réformistes, et de nombreux témoignages nous sont parvenus de sources apparemment bien informées et impartiales, faisant état de profonds désaccords quant aux fondements mêmes du système japonais. Y favorise-t-on la mémorisation pure et simple au détriment de la compréhension? Les enfants sont-ils entraînés comme des robots ou traités comme des êtres pensants? Les enseignants sont-ils créatifs et stimulants ou mortellement ennuyeux et indifférents? Les diplômés sont-ils mieux formés qu'ici ou leur a-t-on simplement bourré le crâne et appris à mieux jouer le jeu? Nous avons des preuves à l'appui de chacune de ces propositions, aussi contradictoires qu'elles puissent être. (La seule chose dont nous soyons certains, c'est qu'en dépit du calendrier scolaire plus long au Japon, les élèves n'y consacrent pas plus de temps que chez nous à des activités d'apprentissage structurées.)

Presque partout dans le monde industrialisé, on procède à des réformes de l'éducation. Après avoir soigneusement étudié divers exemples d'instances gouvernementales ou scolaires ayant effectué des virages considérables au cours des dernières années, nous avons dû tirer la conclusion, en toute honnêteté, qu'il est à peu près impossible de faire la part des réussites et des échecs. Chaque réforme possède ses plus ardents défenseurs et ses plus virulents détracteurs. Chose certaine, nulle part n'a-t-on trouvé la solution miracle qui renverserait pour le mieux le cours des choses. C'est qu'il n'existe pas de solution miracle. S'il existait une solution simple, s'il existait une solution tout court, nous l'aurions tous déjà épousée avec enthousiasme et soulagement. Autre certitude : on ne peut édifier l'école, ni la gérer d'ailleurs, comme une entreprise de fabrication à la chaîne. Nous traitons avec l'être humain, chez qui rien n'est simple ni automatique. Son apprentissage et son épanouissement sont une entreprise d'une énorme complexité, pour laquelle il n'existe aucun modèle parfait et aucun schéma mécanique. Return Retour au menu de CRE