Commission royale sur l'éducation

Les buts de la scolarisation

A quoi l'école devrait-elle servir? C'est la question que nous posons ici. Il y a deux réponses. La première est que l'école ne peut pas tout faire et à vrai dire, les enseignantes et les enseignants non plus. Ces derniers doivent, au contraire, s'acquitter surtout des tâches qui relèvent directement d'eux et qu'ils sont les seuls à maîtriser, et laisser aux autres la responsabilité d'intervenir dans les domaines qui leur sont propres. La deuxième, c'est que l'école devrait dorénavant s'insérer dans le nouvel effort, concerté, d'une société qui s'engage à élever ses enfants dans une ambiance imprégnée d'amour, de générosité, de sagesse, du sens des responsabilités et de la justice.

Il s'ensuivrait dès lors que le but ultime de l'enseignement n'est pas de préparer l'élève à un emploi particulier, ni de le livrer tel un « produit » sur le marché de la vie, ni de contribuer à la compétitivité de l'Ontario dans une économie qui se mondialise. Ni de compenser les carences d'une famille éclatée, ni d'instiller des valeurs morales que d'autres ont négligées. Bien au contraire. Les enseignantes et les enseignants ont un rôle primordial à jouer, pour lequel ils sont précisément préparés, celui d'inculquer des connaissances à leurs élèves quel que soit l'emploi — ou la carrière — auquel ceux-ci aspirent. A partir des notions fondamentales de lecture, d'écriture et de résolution de problèmes, ils doivent pouvoir impartir aux jeunes ce que nous appelons des savoirs de base ou « littératies », leur permettant d'étendre et d'approfondir continuellement leurs connaissances dans toute une gamme de disciplines. Nous sommes persuadés, sans l'ombre d'un doute, que la majorité des élèves pourraient, au sortir du secondaire, avoir atteint un niveau d'excellence bien supérieur à celui d'aujourd'hui, de même qu'une capacité d'analyse plus rigoureuse, une compréhension intellectuelle plus vaste et une faculté de raisonnement plus solide.

Si nous y parvenons, nous aurons enfin une génération de citoyennes et de citoyens ayant « appris à apprendre » — chose essentielle — et ayant peut-être même développé le goût d'apprendre. Toute personne qui a une responsabilité éducative quelconque devrait avoir à cour, comme grand principe fondamental, de susciter chez l'élève une telle soif. Même si nous savons très bien qu'il y a loin de... la coupe aux lèvres, nous considérons qu'il n'est rien là d'irréalisable. Il nous apparaît évident, que si nous voulons encourager nos citoyennes et citoyens à faire de l'éducation le projet de toute une vie, il faut d'abord cultiver en eux le goût d'apprendre.

Nous croyons également que l'école devrait, en outre, préparer l'élève à devenir une citoyenne ou un citoyen responsable et à effectuer sans trop de heurts le passage de l'adolescence à l'âge adulte et celui de l'école au marché du travail. Le système d'éducation public comporte quatre éléments — les écoles publiques de langues française et anglaise et les écoles catholiques de langues française et anglaise — et nous reconnaissons que chacun d'eux appuie les valeurs qui ressortissent à ses traditions et à son patrimoine respectifs. Nous restons toutefois convaincus que chaque école doit promouvoir l'épanouissement de valeurs morales fondamentales telles que la générosité, la compassion et le respect d'autrui, l'opposition au racisme et à la violence, la recherche de la paix, de l'honnêteté et de la justice. Nous ne remettons nullement en cause le rôle primordial de la famille dans l'inculcation de ces valeurs. Mais en fin de compte, comme nous le faisons valoir tout au long du rapport, c'est la synergie des efforts déployés au foyer et à l'école qui favorisera l'épanouissement optimal de l'enfant tant sur le plan des études que sur celui des valeurs.

Si toutefois, comme nous le soutenons, la responsabilité première du personnel enseignant est d'assurer le développement scolaire et intellectuel des élèves, l'école doit aussi être en mesure de répondre positivement à d'autres de leurs besoins et à certains problèmes ardus auxquels un nombre croissant d'entre eux semblent se heurter. C'est une situation qu'il faut reconnaître et accepter, car elle ne disparaîtra pas comme par enchantement, et nous aurions tort de vouloir continuer à augmenter la charge déjà excessive de nos enseignantes et enseignants. Non seulement ces enfants ont-ils besoin d'être épaulés pour atteindre leur plein épanouissement intellectuel, mais il est évident que, sans cette aide, ils compromettront l'apprentissage des autres élèves. On ne pourra résoudre ce problème sans une action concertée des écoles et de la communauté; nous y reviendrons à maintes reprises dans les pages qui suivent.

Si nous convenons tous que l'école ne parvient pas véritablement à atteindre les buts décrits ci-dessus, quels changements faut-il conséquemment apporter au système?

Return Retour au menu de CRE