Commission royale sur l'éducation

Pouvoir et décision dans le système scolaire

Chaque année, des milliers et des milliers de décisions, des plus banales aux plus cruciales, sont prises relativement à presque tous les aspects du système scolaire de l'Ontario. Lorsqu'on songe que sur une population de dix millions d'habitants, nos écoles accueillent deux millions d'élèves et plus de 100 000 enseignantes et enseignants, sans compter leurs familles et la multitude de gens dont la vie est intimement liée à celle de l'école, des rédacteurs de manuels scolaires aux fournisseurs des cafétérias, on commence à avoir une idée de l'ampleur et de la complexité du réseau. Aussi importe-t-il au plus haut point de déterminer qui a le pouvoir de prendre ces décisions ou l'influence de les infléchir. C'est la partie de notre mandat qui tombe sous la rubrique de la gestion.

Une des constatations que nous avons faites au fil de nos travaux, c'est qu'il existe beaucoup plus de sphères d'influence que nous l'avions imaginé. Au sommet, bien qu'ils ne disposent pas nécessairement de tous les pouvoirs, se trouvent le ministre de l'Éducation et de la Formation et ses attachés politiques. Puis viennent ses fonctionnaires, y compris ceux des bureaux régionaux. Bien sûr, il y a les conseils scolaires qui, pour la plupart, comptent deux groupes distincts, soit les conseillers élus et les administrateurs. Ensuite, on trouve les directeurs et directrices d'école, les chefs de section, le corps enseignant et les syndicats qui représentent ce dernier et tous les directeurs et directrices de la province. Il y aussi les parents et les gens d'affaires, les bibliothécaires, les organismes de services sociaux, les vendeurs de matériel informatique et bien d'autres. Nous ne devons surtout pas oublier les élèves, même s'ils se trouvent normalement au plus bas de la pyramide du pouvoir. Tous ces groupes, même les élèves, exercent une part d'influence sur le système, et presque tous en veulent davantage. Il faut faire état aussi de la place importante des universités qui, outre le rôle de toute évidence central des facultés d'éducation, jouissent d'une influence décisive sur la structure de nos écoles secondaires, bien que la population ne s'en rende pas vraiment compte.

En toute franchise, nous avons trouvé le système très complexe et loin d'être transparent. On y trouve beaucoup de chevauchement de responsabilités, par exemple dans le secteur de l'élaboration des programmes d'études; il existe trop de situations conflictuelles, souvent entre les mêmes acteurs, tels que les conseils scolaires et le Ministère; certains intervenants, dont le Ministère, disposent de pouvoirs qu'ils n'exercent pas; d'autres, comme les parents et les élèves, voudraient exercer un pouvoir, ou du moins une influence, véritable; d'autres enfin souhaitent tout simplement qu'on les consulte plus régulièrement. Tout cela provoque, il ne faut pas s'en surprendre, des luttes de pouvoir. Parfois il s'agit de la défense fort légitime de principes, mais à d'autres moments, on serait tenté d'y voir plutôt la recherche de la satisfaction d'intérêts personnels. A l'heure actuelle, à peu près tous les intéressés semblent insatisfaits du statu quo (mais en sera-t-il jamais autrement?). Il s'agissait donc pour nous de clarifier les rôles et responsabilités, de réduire les chevauchements et la confusion et de trouver le juste et difficile équilibre du pouvoir et de l'influence exercés à tous les niveaux. Comme toujours, notre principal critère était fort simple : quel genre d'équilibre favorisera le plus l'enseignement et l'apprentissage, en accordant la priorité absolue à la réussite des élèves?

Une deuxième question s'impose presque inévitablement, celle qui dans notre mandat se nomme redevabilité, c'est-à-dire l'obligation de renseigner, d'une part, la population sur la santé de son système d'éducation et qu'il fonctionne bien et d'autre part, de déterminer qui doit répondre du rendement et des résultats. Trop de marmitons gâtent la sauce, c'est bien connu, d'autant qu'on n'y reconnaît plus le chef; le partage des responsabilités est si flou que les citoyens ne savent trop à qui ils devraient porter plainte ou adresser leurs félicitations. Dans une société démocratique comme la nôtre, voilà qui n'est vraiment pas normal.

Nous nous contenterons de présenter ici les points saillants des nombreuses réflexions et recommandations à ce sujet, que nous avons fait figurer dans le rapport principal. Il faut, en bref, étendre l'autorité du Ministère, accorder plus d'influence aux élèves et au corps enseignant, mieux définir les responsabilités des conseils scolaires et enfin, rapprocher les ressources communautaires de l'école grâce à une participation accrue de la direction, des parents et des membres de la collectivité. Si nos propositions débouchent, selon notre souhait, sur la redistribution des pouvoirs et de l'influence, alors les principaux intéressés -- les jeunes, le personnel enseignant, la direction, les parents, la collectivité -- auront le sentiment qu'ils exercent une influence dans le système, que leur participation et leurs opinions comptent et qu'ils ont la responsabilité de faire de leurs écoles les meilleurs établissements possibles.

Les élèves

Bien peu d'intervenants, hormis les élèves eux-mêmes, ont réclamé une plus grande influence dans ses propres écoles pour la jeunesse aux études. Que si peu y aient pensé nous apparaît le signe d'une regrettable étroitesse d'esprit et d'un manque de vision; les élèves, les principaux intéressés après tout, ont non seulement un rôle essentiel à jouer, mais leur apport est inestimable. Non pas qu'ils doivent prendre les rênes, avoir le droit d'engager et de congédier le personnel enseignant; loin de nous de telles notions aussi ridicules qu'extrémistes! Mais, particulièrement à compter de la 7e année, les élèves ont de leur école, de sa direction, de son personnel enseignant et des cours qu'on y dispense, un discernenment qu'eux seuls peuvent avoir développé et dont tous pourraient bénéficier. Pour le plus grand bien de tous les intervenants, y compris des jeunes qui ne doivent pas demeurer passifs devant leur situation, nous demandons que les élèves aient officiellement droit au chapitre.

Aussi, nous recommandons que l'on confie à des conseils d'élèves la responsabilité de formuler le point de vue de leurs pairs sur tous les aspects de la vie scolaire. En outre, chaque conseil scolaire devrait compter au moins un représentant des élèves, choisi par eux. Nous exhortons le Ministre à créer le Conseil des élèves et des jeunes, à l'image du Conseil des parents qui a été mis sur pied en 1993. Nous estimons que les jeunes doivent participer à l'élaboration des codes de conduite et des autres directives et procédures scolaires qui les touchent directement. Enfin, nous proposons que les élèves, la direction, le corps enseignant et les parents collaborent à la rédaction d'une Charte des droits et responsabilités des élèves qui établirait clairement et de façon exhaustive le rôle de ces derniers à titre de citoyens du monde scolaire de l'Ontario.

Le corps enseignant et la direction

Comme vous le savez, nous nous penchons longuement dans le rapport principal sur la question extrêmement importante et complexe de l'apprentissage. Aussi insistons-nous sur la nécessité d'intensifier le perfectionnement du personnel enseignant, tant à l'étape de la formation initiale que tout au long de la carrière. Il faut bien plus que du bon sens, de l'expérience et de la considération pour comprendre les enfants et saisir tout ce que comporte l'apprentissage chez eux; cela exige aussi une habileté considérable et des connaissances très développées. Il serait présomptueux par conséquent de s'attendre à ce que quantité de parents, ou encore de gens d'affaires, s'y connaissent suffisamment pour assumer la direction des écoles, par exemple.

Personne, à notre avis, n'est mieux placé pour avoir la charge des écoles que les éducatrices et éducateurs eux-mêmes, c'est-à- dire la direction, les adjoints et adjointes à la direction, les chefs de section et le personnel enseignant. Bien sûr, ils ne sont pas plus infaillibles que quiconque et doivent à tout prix étoffer considérablement leurs compétences pour affronter la dure réalité d'aujourd'hui et les défis de demain. Mais en dernière analyse, la réussite d'une école dépend essentiellement de sa direction. Sans une excellente direction,on peut avoir d'excellentes salles de classe, on n'aura jamais une excellente école. C'est pourquoi il faut confier aux membres de la direction la pleine gestion des écoles et leur déléguer plus d'autorité que la plupart n'en détiennent à l'heure présente notamment en ce qui concerne l'embauche du personnel et le budget, dont ils devraient partager la responsabilité avec leur conseil.

Parallèlement, toutefois, tout directeur digne de ce nom -- l'emploi intentionnel du masculin ici nous donne l'occasion de souligner que la plupart des titulaires du poste sont encore, en effet, des hommes -- consultera naturellement les parents. Il fera en sorte que ces derniers se sentent toujours bienvenus à l'école et que le personnel leur donne toute l'assistance nécessaire pour aider leurs enfants à faire leurs devoirs. Il veillera à ce que l'école soit un lieu propice à l'enseignement, à l'apprentissage et à la réussite, où tout le personnel est porté par le même motif, l'épanouissement de l'élève; de plus, il sera constamment à l'écoute des opinions des élèves. En sus de tout cela, il associera pleinement les enseignantes et enseignants à la gestion; il sera aussi l'agent de liaison principal avec la communauté, y tissant des liens qui permettront de décharger les enseignants de certains des fardeaux qu'ils doivent assumer faute de ressources adéquates. Voilà un aperçu des responsabilités et tâches associées à la bonne direction d'une école; que celui ou celle qui n'est pas à la hauteur s'abstienne!

Nous l'avons dit maintes et maintes fois, le rôle des enseignantes et des enseignants est à ce point crucial qu'il n'est pas possible d'envisager des améliorations sérieuses sans leur collaboration enthousiaste. L'étude de divers projets de réorganisation scolaire comparant, par exemple, l'efficacité de la centralisation du processus décisionnel par rapport à la décentralisation, ne permet pas de tirer de véritables conclusions, sauf peut-être la suivante : le fait d'associer pleinement le personnel enseignant à la gestion des écoles a des conséquences positives sur la qualité de l'apprentissage. Comment se fait-il, par conséquent, qu'on reconnaisse d'une part la contribution primordiale du personnel enseignant dans l'amélioration du système, et que d'autre part, on ne lui délègue aucune responsabilité valable à l'extérieur de la salle de classe? Il faut rappeler en contrepartie qu'il lui incombe de rendre compte de son rendement aux élèves et aux parents. L'image classique de la porte soigneusement close sur la classe bien au chaud dans son cocon n'illustre nullement un droit de l'enseignante ou de l'enseignant d'exclure ou d'ignorer ceux qui, légitimement, peuvent participer et faire sentir leur influence.

Par ailleurs, le corps enseignant a le droit de voir ses intérêts protégés par les cinq fédérations qui le représentent. Nous recommandons que celles-ci confinent leurs activités à ce rôle important, et qu'on confie la responsabilité du perfectionnement professionnel à l'Ordre des enseignantes et enseignants dont nous proposons la création au chapitre 12. Nous tenons à souligner que peu de commissions, à notre avis, se seraient montrées aussi ouvertes que la nôtre à l'égard du rôle syndical des fédérations; nous estimons cependant que le droit des élèves d'apprendre et la nécessité de mettre en oeuvre des réformes du genre de celles que nous proposons, doivent constituer la priorité absolue de tous les intervenants du réseau scolaire.

Disons-le sans ambages, si nous voulons transformer le système en profondeur, tous les intervenants sans exception devront faire preuve de souplesse, et non pas seulement les syndicats. Par exemple, avec tout le respect que nous devons aux universités et à leur autonomie, nous espérons pouvoir compter sur la pleine collaboration des dix facultés d'éducation. Ainsi, avons-nous bon espoir qu'elles accepteront toutes avec enthousiasme les changements majeurs que nous proposons d'apporter à la préparation des futurs enseignants -- tels que développés au chapitre 12 -- et qu'elles collaboreront pleinement à l'élaboration d'un programme commun.

Les parents

Autant les recherches démontrent clairement les effets positifs de la participation du personnel enseignant à la gestion des écoles, autant elles font ressortir toute l'importance du rôle des parents dans l'éducation de leurs enfants. Il n'y a rien de mieux pour motiver un enfant qu'un foyer où l'apprentissage est mis en valeur. Les élèves dont les parents s'intéressent de près à leurs progrès scolaires, les aident à faire leurs devoirs et leurs travaux et assistent à leurs activités scolaires et sportives, ont en règle générale de meilleurs résultats, nourrissent de hautes aspirations, fréquentent assidûment leurs classes et entretiennent des rapports harmonieux avec leurs enseignantes et enseignants. Pour ces raisons, nous soutenons que cette forme d'implication des parents dans le système scolaire doit avoir préséance sur tout autre rôle, et que par conséquent, la direction et le corps enseignant doivent en priorité contribuer le plus possible à la favoriser.

À notre avis, les parents peuvent utiliser beaucoup plus utilement leur énergie et leur temps souvent restreints à soutenir le travail scolaire des enfants, qu'à partager les responsabilités administratives de la direction. Pour autant que nous sachions, très peu d'entre eux seraient intéressés à assumer des tâches administratives, lesquelles d'ailleurs ne contribueraient pas à améliorer l'apprentissage des enfants. Nous avons recommandé la création d'une Charte des droits et responsabilités des parents qui énoncerait clairement le droit de chaque parent d'être bien accueilli à l'école, le genre de contacts et de soutien qu'il peut légitimement espérer de la part du personnel enseignant, et un moyen de liaison entre la maison et l'école connu de tous les intéressés. Nous ne doutons pas un seul instant que les écoles y gagneraient beaucoup si l'on demandait systématiquement aux parents d'exposer leurs préoccupations et leurs opinions. Bien des écoles et des conseils scolaires manient avec brio le discours de l'ouverture et de la participation des parents; le temps est maintenant venu de passer aux actes.

La collectivité

De même, quand bien même certains verraient d'un bon oeil la mise sur pied d'un conseil des parents dans chaque école, nous croyons qu'il serait plus avantageux d'établir des conseils scolaires communautaires au sein desquels les parents seraient avantageusement représentés. Ces conseils constituent la pièce maîtresse de l'un de nos quatre moteurs, celui que nous appelons l'éducation en partenariats communautaires. D'un bout à l'autre de notre rapport, nous avons tâché de faire valoir que les écoles -- ou à tout le moins les enseignantes et enseignants -- ne peuvent assumer tous les rôles qu'on voudrait leur confier, et que leur responsabilité première est après tout l'enseignement. Nous ne voulons surtout pas minimiser les besoins sociaux et non-scolaires de nos élèves, mais nous disons qu'il faut en partager la responsabilité avec des membres et des organismes compétents de la communauté si l'on veut accorder au personnel enseignant toutes les chances d'accomplir efficacement son travail.

Ces nouveaux conseils scolaires communautaires auraient comme fonction d'organiser et de mobiliser les ressources de la communauté et de servir d'intermédiaire principal entre l'école et le milieu. Présidé par le directeur ou la directrice et composé de représentants de la communauté, de parents et de quelques enseignants et élèves, le conseil créerait des alliances qui permettraient au personnel enseignant de se concentrer sur l'amélioration de sa fonction d'enseignement. Inévitablement et en toute logique, ce conseil voudra faire part à la direction de son opinion sur des questions générales touchant l'amélioration de l'école et, de son côté, la directrice ou le directeur bien avisé aura intérêt à solliciter cette opinion et à en tenir compte.

Les conseils scolaires

Le lecteur attentif aura remarqué que nous n'avons pas encore discuté du pouvoir et de l'influence des deux seuls intervenants démocratiquement élus dans le monde scolaire, à savoir le ministre de l'Éducation et de la Formation et les 172 conseils de l'éducation. Commençons par ces derniers, qui suscitent tant de controverse depuis quelque temps.

Les conseils scolaires sont de drôles de phénomènes. D'une part, c'est à certains d'entre eux, des conseils aux membres particulièrement dynamiques, aux administratrices et administrateurs dévoués, et non au Ministère, que nous devons quelques-unes des initiatives les plus enthousiasmantes qu'ait connues l'éducation en Ontario. Certains ont pu compter et comptent encore aujourd'hui dans leurs rangs des éducatrices et des éducateurs de premier ordre. On n'a pas idée du nombre de conseillères et de conseillers qui, à la grandeur de la province, se dévouent corps et âme pour le bien des élèves, contre une rémunération souvent dérisoire. Voilà pour le beau côté des choses.

Il y en un autre, beaucoup moins reluisant. Pour bien des gens, les conseils scolaires sont la grande inconnue du système. Leurs membres sont élus par une infime proportion de l'électorat, sans opposition dans bien des cas. On serait même gêné d'apprendre combien rares sont les commettants qui connaissent le nom de leurs conseillères et conseillers. A l'ordre du jour des séances figurent trop souvent des questions qui n'ont rien à voir avec ce qui se passe dans les écoles; quiconque a assisté à une réunion de conseil scolaire peut témoigner qu'on y nage parfois en plein surréalisme. Enfin, la ligne de démarcation entre ceux qui font les politiques (les membres du conseil) et ceux qui les appliquent (les administratrices et administrateurs) est souvent loin d'être évidente, si bien que des conseillères et conseillers en viennent à s'ingérer de façon inopportune dans la vie de leurs écoles.

C'est pour des raisons de ce genre qu'ailleurs dans le monde industrialisé, les conseils scolaires se sont vu retirer une grande partie, sinon la totalité, de leur pouvoir. Mais de tout ce que nous avons vu, rien ne nous a convaincus hors de tout doute que de telles solutions ont pu avoir une incidence particulièrement favorable sur l'éducation des enfants -- censément le but de l'exercice, faut-il le rappeler. Par ailleurs, dans une province aussi étendue et variée que la nôtre, il est impossible d'imaginer 5 000 écoles s'administrer elles- mêmes ou relever directement du Ministère. Nous ne sommes donc pas en faveur de supprimer les conseils scolaires en Ontario.

En revanche, notre objectif primordial étant d'offrir aux élèves ontariens une expérience scolaire équitable et sensiblement uniforme, nous recommandons que certaines responsabilités essentielles ne soient plus exercées par les conseils. Il incomberait au Ministère, par exemple, d'établir les budgets de dépenses de chacun d'eux. Ce serait à lui aussi de préciser davantage les grandes lignes du programme d'enseignement, en puisant évidemment dans l'immense réservoir des compétences locales.

Ainsi, la responsabilité première des conseils sera de donner une forme concrète et viable aux directives générales du Ministère. C'est leur travail d'agencer les politiques locales, les politiques provinciales et les réalités de leur milieu, de préciser ce qu'ils attendent de leurs écoles et de baliser la voie pour qu'elles puissent répondre à ces attentes. Une fois leurs budgets connus, c'est aux conseils de décider -- suivant les critères généraux du Ministère -- comment les fonds seront répartis. Ils assurent enfin la communication directe entre l'institution et le grand public et doivent appuyer les efforts des conseils scolaires communautaires pour mobiliser les ressources collectives qui ne s'adressent pas à une école en particulier.

Loin de vouloir sous-estimer l'importance de ce rôle, nous tenons cependant à faire la part des choses. Il s'agit d'un rôle bien délimité. Les conseils assument des fonctions essentielles et nous sommes persuadés qu'ils peuvent s'en acquitter -- très bien, de surcroît -- à temps partiel, comme le font déjà la plupart des conseillères et conseillers de l'Ontario. En toute logique, le travail de conseiller scolaire n'est pas un travail à plein temps et ne devrait pas commander un salaire annuel supérieur à 20 000 $. Or, nous avons été surpris d'apprendre que c'est déjà la norme pour la très grande majorité. A peine 5 p. 100 de tous les conseillers et conseillères, dans seulement sept des 172 conseils de la province, gagnent davantage. Bien sûr, ce sont aussi sans doute les mêmes quelques privilégiés qui peuvent compter sur des adjoints, des secrétaires, des bureaux et le reste.

Il est possible également que les conseils n'aient pas besoin d'autant de membres, bien que personne, semble-t-il, n'ait encore établi le ratio idéal entre leur nombre et la population desservie. Quoi qu'il en soit, cette question ne nous inquiète pas outre mesure, tout nombre auquel on puisse arriver ne pouvant qu'être arbitraire.

De même, nous ne partageons pas l'opinion de certains Ontariens et Ontariennes qui disent que nous avons beaucoup trop de conseils scolaires. Comme dans le cas précédent, nous n'avons jamais pu trouver le moindre facteur objectif permettant d'arriver au chiffre idéal. L'Ontario compte déjà beaucoup moins de conseils scolaires que toute autre province canadienne, et beaucoup plus de conseils municipaux que de conseils scolaires; on trouvera au chapitre 17 des données très révélatrices à ce sujet. Rien ne nous permet non plus d'établir un lien quelconque entre le nombre de conseils et la qualité de l'enseignement. Les sommes d'argent qu'on pourrait récupérer à d'autre fins en supprimant quelques conseils n'ont rien de considérable. Il y a certainement lieu de fusionner ceux dont la taille est si modeste que leur viabilité apparaît douteuse, mais en fin de compte, ce n'est pas là à nos yeux un problème majeur de l'éducation en Ontario.

Si on réduit à la fois les responsabilités des conseils et le temps de travail de leurs membres, il devient possible également de réduire le personnel d'administration et de soutien, encore que les coupures budgétaires des dernières années aient déjà engagé ce processus. Par contre, nous devons reconnaître que les conseils ont besoin de suffisamment de personnel de premier ordre pour s'acquitter de leur rôle primordial, qui est de veiller à ce que les écoles atteignent les objectifs fixés. Enfin, si nous recommandons naturellement que les conseils voisins collaborent le plus possible en autant de domaines que possible pour rentabiliser leurs activités, nous voyons bien que cela se fait déjà à grande échelle à travers la province.

Si on donne suite aux différentes recommandations que nous avons faites dans la présente section, il est au moins un conseil qui, à tout prendre, devrait disparaître. L'agglomération torontoise est dotée d'un système à deux paliers composé de six conseils locaux qui sont tous représentés au Conseil scolaire (public) de la communauté urbaine de Toronto, un organisme qui avait certes sa raison d'être autrefois mais plus maintenant. Déjà insuffisantes pour justifier son maintien, ses responsabilités seront encore moindres si, comme nous le recommandons, la province se charge directement du financement des écoles. Il ne devrait pas être trop difficile de pourvoir adéquatement aux quelques attributions restantes, notamment celle de la négociation collective à l'échelle de la communauté urbaine. L'heure est venue de démanteler cette instance qui chapeaute les deux paliers de conseils scolaires du Grand Toronto.

Le Ministère

Des conseils scolaires, nous passons logiquement au ministère de l'Éducation et de la Formation lui-même. Si nous en traitons en dernier, ce n'est pas que nous lui accordions une moindre importance, loin de là. Le Ministère joue en effet un rôle de tout premier plan dans la réforme qui est l'objet même de notre rapport.

Nous sommes conscients qu'il y aura ici des levées de boucliers en maints milieux. En effet, les nombreux virages et exigences additionnelles que les ministres ont tour à tour imposés au système ces dernières années, souvent de manière improvisée et sans motifs suffisants, ont fini par semer la consternation chez le personnel enseignant, les parents, les membres et les administrateurs des conseils scolaires. Beaucoup reprochent aussi au Ministère un manque de fermeté et de leadership depuis plusieurs années, auxquels ne sont pas étrangères les réductions de personnel. C'est donc en pleine connaissance de cause que nous présentons nos vues, confiants que ces problèmes ne sont pas insurmontables.

Nous sommes convaincus que les besoins de nos élèves exigent un ministère fort, capable de diriger d'une main ferme et souple l'immense entreprise de l'éducation de cette province, tout en restant sensible à la nécessité d'une participation maximale des ressources locales. Nous attendons du Ministère qu'il établisse les objectifs généraux et les grandes orientations du système scolaire tout entier. A l'heure actuelle, les conseils bénéficiant d'une large assiette fiscale, comme ceux d'Ottawa et du Grand Toronto, peuvent se permettre une certaine latitude vis- à-vis des politiques centrales parce qu'ils ne dépendent pas du Ministère pour se financer. Nous avons voulu tout au long de ce rapport ménager la flexibilité indispensable dans un territoire de la taille et de la diversité de l'Ontario; mais ce sont cette taille et cette diversité mêmes qui rendent d'autant plus nécessaires des politiques d'éducation communes. C'est pourquoi, aussi précieux que soient à nos yeux les conseils scolaires pour traduire les politiques du Ministère à l'échelon local, nous préconisons que ce dernier exerce plusieurs des responsabilités qui leur incombent actuellement.

Ainsi, afin d'assurer une plus grande équité pour tous les élèves, nous croyons qu'il faudrait confier au Ministère l'essentiel des pouvoirs de taxation qui appartiennent présentement aux conseils. En fait, l'équité en général devrait être principalement de son ressort, tout comme l'élaboration d'un programme d'études commun et d'objectifs communs applicables à tous les niveaux de scolarité, tâche dont il s'acquitterait en mettant à contribution la grande compétence d'éducatrices et d'éducateurs de toute la province. Nous voulons que le Ministère établisse un nouveau bulletin de l'élève dont puissent se servir tous les conseils scolaires.

Mais en même temps, nous avons voulu confier à d'autres instances, plus proches de la vie scolaire, les pouvoirs de décision afférents à certains domaines. Par exemple, nous voyons les directrices et directeurs, les enseignantes et enseignants exercer une autorité et une responsabilité accrues pour assurer la bonne marche de leurs écoles, et c'est notre Ordre des enseignantes et enseignants qui se chargerait dorénavant de la formation et du perfectionnement du personnel enseignant.

Enfin, il importe de signaler que plusieurs autres ministères ontariens ont un rôle essentiel à jouer dans l'avènement d'un meilleur système d'éducation. Surtout si nous voyons dans les partenariats communautaires autre chose que de la pure démagogie politique, la coopération interministérielle est absolument indispensable, tant à Queen's Park qu'à l'échelle locale. Il est toujours sidérant de constater à quel point la collaboration semble douloureuse entre les membres d'un même gouvernement, à moins d'un leadership ferme exercé au plus haut niveau. Ce n'est pas une question de pouvoir, mais bien de volonté politique. Le premier existe, reste à voir pour la seconde.

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