Les relations avec la famille et la communauté

Rapport de la table ronde des experts en lecture, 2003


Les relations avec la famille et la communauté

L'intérêt que les parents portent à la réussite scolaire de leur enfant a une plus grande influence sur celle-ci que leur revenu ou leur niveau de scolarité. (International Reading Association, 2002, p. 2, traduction libre)

Une école de qualité ne fonctionne jamais en vase clos, mais fait toujours partie intégrante de la communauté dans laquelle elle se trouve. Les écoles de qualité et les enseignantes et les enseignants incitent les parents à contribuer à l'éducation de leurs enfants et les aident à se mettre en rapport avec les ressources communautaires adéquates. Ces personnes collaborent par ailleurs avec des groupes communautaires, des organismes de services et des établissements d'enseignement postsecondaire en vue d'élargir les connaissances, le savoir-faire et les ressources qu'elles peuvent offrir pour aider l'ensemble de leurs élèves à apprendre à lire.

Les communautés pour leur part ont tout intérêt à promouvoir l'apprentissage de la lecture, étant donné les énormes avantages personnels et sociaux de la littératie et les coûts plus énormes encore de l'analphabétisme. Les enfants qui n'ont pas appris à lire à l'école auront bien plus besoin d'une aide communautaire onéreuse et continue que ceux qui apprennent à lire avec succès.

La contribution des parents

La contribution des parents est un élément clé dans la réalisation du plan de littératie d'une école pour que chaque élève devienne un lecteur performant. S'il est vrai que l'enseignement formel de la lecture est avant tout la responsabilité de l'école, il est tout aussi vrai que les enfants de parents qui prennent une part active à leur éducation ont de meilleures chances de réussite scolaire.

Il est important que les parents comprennent que l'acquisition de la lecture se fait progressivement et qu'elle comporte plusieurs stades distincts avant de pouvoir lire couramment. Le fascicule intitulé Pour aider votre enfant à apprendre à lire : Un guide à l'intention des parents (ministère de l'Éducation de l'Ontario) est un guide pratique visant à aider les parents à mieux comprendre les différents stades d'apprentissage. On y décrit ce qui caractérise le stade de la prélecture, celui de l'initiation à la lecture, celui de l'apprentissage de la lecture et celui de la lecture autonome, et on y donne des conseils sur la manière d'aider les enfants à apprendre à lire. Les enseignantes et les enseignants peuvent également aider les parents en leur indiquant les activités les plus appropriées à faire avec leurs enfants à la maison, selon leur stade d'acquisition de la lecture.

Idéalement, les enfants devraient débuter leur apprentissage de la lecture à un tout jeune âge. L'Enquête longitudinale nationale sur les enfants et les jeunes3 a constaté que les enfants à qui quelqu'un avait fait la lecture plusieurs fois par jour à l'âge de deux ou trois ans réussissent bien mieux que les autres aux activités liées à la lecture qui leur sont proposées au jardin d'enfants. La même enquête a par ailleurs constaté que les enfants qui ont connu un milieu préscolaire stimulant obtiennent de bien meilleures notes que leurs camarades lors des tests normalisés de vocabulaire.

La lecture dans la langue maternelle

Il convient d'encourager les parents des élèves dont la langue maternelle diffère de la langue d'enseignement de continuer à développer les habiletés de leur enfant dans cette langue. En effet, les habiletés dans une première langue renforcent tout naturellement l'apprentissage d'une seconde langue.

Quoi qu'il en soit, les enfants qui fréquentent une école de langue française et qui ont une langue maternelle autre que le français ont souvent beaucoup de mal à se plonger suffisamment dans la langue française en dehors de l'école pour acquérir une fluidité de communication orale et de lecture, ce qui crée un risque de retard dans toutes les matières enseignées à l'école. Dans ces circonstances, les parents doivent travailler à donner à leurs enfants le maximum d'exposition possible à la langue française et les encourager à parler français à la maison.

L'assistance bénévole des parents en salle de classe

Les parents et d'autres membres de la famille des élèves qui sont en mesure d'offrir leur assistance dans le cadre du programme de lecture peuvent représenter une aide précieuse pour l'enseignante ou l'enseignant. Ils peuvent par exemple lire à haute voix aux élèves, les aider à faire leurs devoirs et leur faire faire des exercices de reconnaissance globale de mots et de déchiffrage des lettres. En ce qui concerne les élèves dont la langue maternelle diffère de la langue d'enseignement, la présence de bénévoles qui parlent leur langue maternelle peut faciliter l'adaptation à l'école.

Il appartient aux écoles d'offrir aux parents bénévoles la formation et le soutien nécessaires pour qu'ils contribuent efficacement à l'enseignement en salle de classe. Il ne faut toutefois pas s'attendre à ce que ces parents d'élèves soient des spécialistes en lecture. Pour les élèves qui ont de sérieuses difficultés en lecture, seule l'aide de professionnels qui ont une pédagogie poussée de la lecture peut faire une différence.

La promotion de la participation des familles

Les membres du personnel enseignant et administratif doivent dans un premier temps identifier le niveau de participation des parents bénévoles, puis tenter d'éliminer les obstacles à une éventuelle participation plus soutenue. Lorsque les enseignantes et les enseignants font preuve d'appui, d'écoute et de sensibilité envers les parents bénévoles, cela crée des liens de partenariat positif au sein du système d'éducation des enfants. Le personnel enseignant peut forger des partenariats de qualité avec les familles de diverses façons, par exemple :

  • en collaborant avec les familles de façon respectueuse et en communiquant efficacement avec elles;
  • en manifestant un véritable intérêt pour les enfants;
  • en répondant de façon rapide et constructive aux préoccupations des parents;
  • en faisant la promotion d'un esprit d'équipe;
  • en restant à l'écoute des besoins des parents et des familles;
  • en acquérant et en faisant la promotion d'une compréhension de la diversité culturelle;
  • en utilisant des stratégies novatrices pour résoudre d'éventuels problèmes.

Les enseignantes et les enseignants peuvent intervenir concrètement pour aider les familles à améliorer le rendement en lecture au primaire et peuvent entre autres :

  • renseigner les parents sur les activités familiales susceptibles de promouvoir la lecture, y compris l'aide avec les devoirs, le décodage de panneaux publics, l'établissement de listes, la rédaction de messages personnels et l'intégration de la lecture aux habitudes de la vie de tous les jours;

  • distribuer des livres ou des listes de livres aux familles. Peu importe le niveau socio-économique, tous les foyers ne disposent pas du même nombre de livres. Les écoles peuvent encourager la lecture à domicile en remettant aux familles des textes propices à l'acquisition d'une plus grande fluidité en lecture. Une telle initiative revêt une importance particulière dans la communauté franco-ontarienne, dont certains membres risquent de ne pas avoir accès à beaucoup de livres en français ailleurs qu'à l'école;

  • expliquer les stratégies que les enfants utilisent pour décoder et comprendre les écrits. Lors de leurs entrevues avec les parents, les enseignantes ou enseignants peuvent par exemple conseiller à ces derniers le genre de questions à poser aux enfants pour les mettre sur la voie de la compréhension d'un texte, notamment « Par quelle lettre commence ce mot? » ou, en parlant d'un personnage, « Qu'est-ce que tu penses qu'il va faire? ».

L'objectif essentiel de la lecture à domicile est de motiver les élèves à lire davantage et de donner aux élèves l'occasion, ainsi qu'à leurs parents, de prendre plaisir à lire ensemble.

La préservation et l'enrichissement de la culture

La conscience culturelle et le respect de la diversité sont deux valeurs fondamentales d'une société saine et florissante. Il est important de valoriser tous les milieux dans lesquels les élèves grandissent. Plus ces milieux sont riches sur le plan culturel, plus les enfants acquièrent des connaissances qui les aideront à comprendre et à interpréter la vaste gamme de textes dont la lecture leur sera proposée à l'école. L'acceptation, la compréhension et la valorisation de l'ensemble des élèves, y compris la volonté de traiter leurs antécédents culturels et linguistiques sur un pied d'égalité, devraient être reflétées dans tous les aspects de la vie de l'école et de la classe.

Les bibliothèques, les troupes théâtrales, les ateliers de jeux, les garderies et les centres communautaires organisent des activités qui enrichissent les connaissances et les habiletés des jeunes enfants et qui visent à leur donner le goût de la lecture, faute de quoi il est toujours possible de leur proposer un partenariat dans ce sens avec l'école. Une autre possibilité est d'inviter les groupes culturels de la communauté à faire don de livres, de vidéocassettes en vue de les prêter aux familles, ou encore à participer à divers projets. Les écoles peuvent aussi aider les familles à se familiariser avec les ressources linguistiques et culturelles locales en publiant un répertoire à cet effet et en faisant la publicité des activités et des services culturels dans leurs bulletins, sur leurs panneaux d'affichage et sur leur site Web, selon le cas. Les programmes de correspondance et d'échanges entre les élèves de différentes écoles ou encore la navigation sur Internet peuvent élargir le sentiment d'appartenance à la communauté.

La communauté francophone

Les élèves francophones se trouvent dans une situation plus délicate, en ce sens que leur accès au même nombre de ressources culturelles et sociales est beaucoup moins évident. Le fait est que la population francophone en Ontario est très dispersée sur un vaste territoire, formant parfois de minuscules communautés, trop petites en fait pour avoir une bibliothèque, un théâtre, une chorale, une garderie, un centre communautaire et d'autres organismes et services du même genre. Les activités culturelles et sociales sont toutefois essentielles pour le système scolaire de langue française, d'où le rôle que doivent jouer souvent les écoles pour les offrir ou les encourager.

Les écoles de langue française ont pour importante responsabilité de promouvoir la langue française et la culture franco-ontarienne dans une société majoritairement anglophone. Dans certaines des communautés auxquelles appartiennent leurs élèves, elles sont le seul « îlot » où la communication orale se fait en français, où l'on trouve des livres en français et où se déroulent des activités culturelles en français. S'ajoute alors à leur qualité de lieu d'enseignement et d'apprentissage celle de centre communautaire.

L'enseignement de la lecture et, en fait, toute la vie scolaire devraient mettre les élèves et leurs familles en rapport avec un univers qui prône l'utilisation de la langue française et le bonheur de parler et de lire le français, tout en servant de point de départ à l'animation culturelle qui sensibilise les élèves à la pertinence de la langue et de la culture de la francophonie et les amène à s'y identifier.

Les organismes communautaires

Les organismes communautaires peuvent servir de liaison entre les familles et les services de soutien dont celles-ci ont besoin pour se préparer et préparer leurs enfants à l'apprentissage de la lecture. C'est souvent par le biais de l'école que ces organismes peuvent offrir aux familles l'aide nécessaire. Une étroite coordination des efforts doit intervenir entre l'école et les organismes afin que leur travail ait des retombées positives sur l'enfant et sa famille. Le dépistage précoce des enfants par les organismes communautaires permet à l'école de se préparer à répondre aux besoins particuliers de ces enfants et de mettre en place les moyens nécessaires dès leur entrée à l'école.

Les universités

Les écoles élémentaires et les établissements d'enseignement postsecondaire sont tout naturellement unis dans leur quête d'excellence en éducation et entretiennent de ce fait des relations réciproques et interdépendantes. Leurs partenariats offrent la possibilité de concrétiser les théories issues de la recherche et d'alimenter la recherche de données concrètes. Les écoles et leur personnel enseignant jouent un rôle indispensable à l'égard de la formation initiale des enseignantes et des enseignants de demain par l'intermédiaire de leurs ententes avec les facultés d'éducation portant sur les stages en milieu scolaire. Les facultés d'éducation quant à elles sont d'une importance vitale pour les écoles, étant donné qu'elles forment les personnes qui prendront la relève de leur personnel enseignant et administratif et qu'elles contribuent à l'essentiel de la formation continue et du perfectionnement des personnes en poste à l'heure actuelle. Les universités, et en particulier leurs facultés d'éducation, poursuivent la recherche sur l'acquisition de la lecture par les enfants et sur la meilleure façon de leur enseigner la lecture. Les conclusions de ce type de recherches, par exemple sur le leadership pédagogique, font partie des connaissances sur lesquelles sont fondées les méthodes d'enseignement appliquées en salle de classe et les plans d'amélioration des écoles concernant la lecture au primaire. La collaboration active entre les écoles et les universités est à leur avantage mutuel, tant sur le plan de la formation initiale à l'enseignement que sur le plan de la recherche, sans oublier bien sûr, les études supérieures et le perfectionnement professionnel. Il serait bon que cette collaboration soit reconnue comme l'une des caractéristiques essentielles du contexte de l'enseignement et de l'apprentissage de la lecture au primaire en Ontario.


3. L'Enquête longitudinale nationale sur les enfants et les jeunes est une enquête à long terme sur les enfants et les jeunes au Canada, qui suit leur développement et leur bien-être de la naissance au début de l'âge adulte. Lancée en 1994, elle est menée conjointement par Statistique Canada et Développement des ressources humaines Canada.