Stratégie de lecture au primaire

Rapport de la table ronde des experts en lecture, 2003


L'aide aux enfants ayant des difficultés en lecture

Ce rapport commence par une affirmation résolue : « Le succès d'un enfant à l'école tout au long de sa vie dépend largement de ses aptitudes en lecture. L'un des plus importants défis des spécialistes de l'éducation en Ontario consiste à faire en sorte que l'ensemble des élèves de la province sache lire. »

L'acquisition de la lecture présente différents types de difficultés pour certains élèves et, bien souvent, celles-ci auraient pu être identifiées plus tôt. Il serait possible d'y remédier lorsqu'elles se manifestent dès le jardin d'enfants ou en 1re année; cependant, cela se produit rarement. Les conclusions de la recherche sur les difficultés en lecture au primaire sont très claires : parmi les élèves qui ont encore des problèmes de lecture en 3e année;, rares sont ceux ou celles qui arrivent à les surmonter entièrement par la suite. Les conséquences d'un retard en lecture sont bien connues : risque accru d'échec et de décrochage scolaires et perspectives de carrière limitées. Cette constatation souligne toute l'importance de s'assurer que les enseignantes et les enseignants peuvent compter sur des conditions favorables et des ressources suffisantes pour enseigner la lecture à l'ensemble de leurs élèves, que ce soit sur le plan de l'organisation de leur emploi du temps, de la réduction des effectifs des classes, du matériel didactique mis à leur disposition ou encore de leur perfectionnement professionnel.

La nature des difficultés en lecture

L'apprentissage de la lecture repose sur les mêmes bases pour tous les élèves, garçons et filles, quels que soient leur âge ou leurs aptitudes. Il implique toujours l'acquisition d'une certaine habileté, fondée sur des capacités de compréhension et sur une certaine motivation à lire, même pour les élèves auxquels cet apprentissage pose un défi. Il s'agit donc de développer chez l'ensemble des élèves les mêmes connaissances et habiletés fondamentales et de leur proposer à cette fin le même genre d'activités pédagogiques.

Chez les jeunes enfants qui lisent avec difficulté, le problème le plus fréquent est le manque de fluidité. Bon nombre de ces enfants trouvent très difficile d'identifier les mots. Ces enfants lisent lentement, avec hésitation, et s'appuient trop sur des indices contextuels pour deviner le sens des mots. Vu que la quasi-totalité de leurs habiletés cognitives et mentales sont mises à contribution dans cet effort d'identification de mots, leur compréhension du texte s'en ressent. Les meilleures stratégies de prévention et d'intervention précoce pour ces enfants sont une bonne préparation à la littératie et un enseignement de qualité en salle de classe.

La préparation à la littératie

Comme la recherche l'a confirmé maintes et maintes fois, il est de la plus haute importance qu'au moment d'entamer leur apprentissage formel de la lecture les élèves aient envie de lire et qu'ils soient dotés d'un minimum de connaissances et d'habiletés. Ils doivent notamment être familiers avec les concepts associés à l'écrit, à la reconnaissance et au tracé des lettres de l'alphabet. Ils doivent également posséder une base solide en conscience phonémique, avoir le goût de la lecture, et se percevoir eux-mêmes capables d'excellence en lecture et en voie d'atteindre cette excellence. Ces connaissances et attitudes sont déjà bien présentes chez une partie des enfants lors de leur entrée à l'école, mais elles font défaut chez beaucoup d'autres. Les enfants, et à plus forte raison ceux et celles qui font partie de groupes sujets à des difficultés en lecture, ont souvent avantage à participer à des programmes préscolaires adaptés à leur niveau de développement visant à faciliter l'acquisition des bases nécessaires pour apprendre à lire. Les activités de développement des compétences langagières et d'acquisition des habiletés de base en lecture et en écriture prévues au jardin d'enfants contribuent aussi fortement, par la suite, au succès de la littératie, d'où l'impératif de veiller à ce que les enfants de l'Ontario aient accès à ce type d'activités. Dans la classe du jardin d'enfants, l'enseignante ou l'enseignant lit des histoires, des poèmes et d'autres textes pour divertir les enfants, mais aussi pour les informer. Les élèves expriment leurs réactions aux textes lus, racontent les histoires dans leurs propres mots et démontrent leur compréhension des conventions de la langue orale et écrite ainsi que des caractéristiques des livres.

Le dépistage et l'intervention précoces

Même lorsque l'enseignement en classe est de bonne qualité, certains enfants ont besoin d'une aide supplémentaire. Cependant, les enseignantes et les enseignants ne devraient envisager une aide supplémentaire que lorsque l'enseignement efficace et adapté en salle de classe n'a pas donné les résultats escomptés en résolvant les difficultés en lecture d'un élève.

L'important est que les enseignantes et les enseignants repèrent le plus tôt possible les élèves qui ont des difficultés en lecture, adaptent l'enseignement en fonction de leurs besoins d'apprentissage et leur apportent une aide additionnelle, le cas échéant. Si les mécanismes de dépistage et d'évaluation appropriés sont en place, l'intervention précoce peut se faire avant même que les élèves ne soient exposés à un enseignement formel de la lecture. Plus les élèves ayant des difficultés en lecture sont jeunes lorsqu'ils reçoivent un enseignement adapté, plus ces interventions ont la chance de porter fruits.

À partir de la 3e année;, les interventions visant à remédier à des difficultés en lecture ont moins de chance de réussir que les interventions précoces. Il faut repérer avant la fin de la 1re année les élèves pour qui l'acquisition de la lecture pose des difficultés et leur offrir au moment opportun les interventions additionnelles nécessaires, afin d'éviter que leurs difficultés ne s'aggravent et que les échecs répétés en lecture n'affectent leur motivation à apprendre à lire et à écrire.

Le processus de mise en œuvre

Il serait souhaitable que toutes les écoles disposent d'un processus prévoyant la mise en œuvre rapide, dès la 1re année;, d'un enseignement adapté pour les élèves chez lesquels une évaluation diagnostique a révélé des difficultés en lecture. Dès qu'une enseignante ou un enseignant repère un élève ayant des difficultés en lecture, cet élève doit avoir accès à des services d'évaluation diagnostique ainsi qu'à une intervention et à un enseignement adaptés. L'intensité et la durée de l'intervention seront de préférence fondées sur une évaluation diagnostique détaillée. Il s'agit de veiller à une parfaite intégration de l'enseignement en salle de classe et de l'enseignement adapté offert aux élèves en difficulté, de même qu'à une étroite collaboration entre l'enseignante ou l'enseignant et les autres spécialistes de l'éducation qui s'occupent de ces élèves. Ces personnes devraient consacrer ensemble la majeure partie de leur temps à la planification de l'enseignement et à son application directe.

Les clés de la réussite des interventions

Il n'existe pas de remède miracle aux difficultés en lecture. Les interventions qui ont fait leurs preuves auprès d'un grand nombre d'élèves ont toutefois plusieurs points communs. Elles prévoient presque toutes des heures d'enseignement additionnelles pour les élèves en question, mais cela ne saurait suffire. Leurs autres caractéristiques habituelles sont :

  • des évaluations soigneusement planifiées qui permettent un suivi continu des progrès de l'élève et une modification de l'intervention, s'il y a lieu;

  • des méthodes pédagogiques fondées sur la recherche traitant de l'apprentissage chez les enfants et sur l'enseignement qui leur convient;

  • une attention particulière portée à la nature du matériel utilisé (par exemple des textes à structures répétées, des textes dont le dénouement et les péripéties sont prévisibles, des textes à niveaux de difficulté gradués), mais aussi à l'intérêt qu'il présente pour l'élève et au plaisir qu'il pourra en retirer;

  • l'organisation d'activités très diverses (incluant par exemple l'étude des mots, la lecture répétée et l'écriture).

Les interventions réussies sont étroitement liées à l'enseignement en salle de classe; elles se fondent sur des recherches solides, tiennent compte des composantes d'un enseignement efficace de la lecture (voir le chapitre 3) et sont adaptées à chaque élève, tant sur le plan linguistique que culturel. Non seulement les interventions doivent respecter ces critères, mais il importe aussi d'analyser dans quelle mesure elles aident les élèves ayant des difficultés en lecture à les surmonter.

Les enfants qui risquent d'avoir des difficultés en lecture

Les enfants de certains milieux socio-économiques, culturels ou linguistiques sont sans doute plus susceptibles, du point de vue statistique, d'avoir des difficultés en lecture. Certains chercheurs utilisent les termes de groupes à risque ou à risque élevé.

L'appartenance à un groupe qui présente statistiquement un taux d'échec plus élevé en lecture a très peu, si ce n'est pas du tout, d'effet sur l'habileté d'un enfant à apprendre. Plusieurs raisons font en sorte que l'enseignement en classe ne correspond pas aux besoins des élèves. Par exemple, dans les localités les plus isolées de la province, plusieurs enfants autochtones ne parlent que leur langue maternelle lors de leur entrée à l'école, et d'autres qui se trouvent en milieu urbain parlent un dialecte de la langue d'enseignement. Il est fort possible que l'enseignement offert dans les écoles ne se fonde pas suffisamment sur les compétences langagières et la culture qui forment l'acquis de ces enfants.

Les écoles connues comme accueillant une forte proportion d'élèves qui risquent d'avoir des difficultés en lecture doivent mettre à la disposition de ces élèves du matériel et du personnel spécialisé, tant en salle de classe que par l'intermédiaire de programmes de soutien distincts. Il s'agit de distribuer ces ressources de façon équitable entre les écoles des zones urbaines, rurales et éloignées, qui ont toutefois intérêt à se concentrer d'abord sur l'amélioration des méthodes d'enseignement actuelles avant de mettre en œuvre des interventions additionnelles. Bien souvent, des efforts de restructuration à l'échelle de l'école règlent les problèmes organisationnels tout en rendant l'enseignement en salle de classe plus cohérent, ce qui se révèle plus efficace que l'adoption d'une nouvelle méthode d'enseignement adapté.

Il est important que les enseignantes et les enseignants réalisent qu'avec un enseignement efficace tous les enfants peuvent apprendre à lire. L'école est responsable de fournir le niveau d'aide nécessaire à chaque élève, afin que celui-ci puisse atteindre son plein potentiel en lecture. Il doit y avoir de la continuité entre l'enseignement régulier en salle de classe et les interventions du personnel éducatif de soutien. Les interventions seront les mêmes que l'enseignement régulier offert en salle de classe, mais elles différeront de par leur fréquence, leur intensité et leur cible.

La littératie, un travail d'équipe

Pour planifier un enseignement adapté, les enseignantes et les enseignants ont intérêt à consulter d'autres professionnels spécialistes en évaluation du rendement en lecture et en interventions auprès des élèves en difficulté (par exemple orthopédagogues, orthophonistes et audiologistes).

Les enseignantes et les enseignants doivent par ailleurs pouvoir compter sur des ressources correspondant à leurs responsabilités. Toutes les écoles doivent avoir accès à une équipe spécialisée en intervention de soutien à l'acquisition de la lecture. Les écoles de langue française dans certaines régions de la province et les écoles dans les régions les plus éloignées peuvent avoir du mal à obtenir les services d'une équipe hautement spécialisée à cause de leur vaste étendue géographique. Dans de tels cas, la technologie peut servir à la fois de lien entre le personnel enseignant du primaire (formant ainsi une équipe de littératie « virtuelle ») et de mode de prestation à distance de services spécialisés aux élèves et à leurs enseignantes ou enseignants. Il convient toutefois de noter que les coûts associés à ce type de solution technologique sont considérablement plus élevés dans le nord de la province qu'ailleurs.

Enfin, aussi précieux que puisse être l'apport de bénévoles à la mise en œuvre d'un enseignement efficace et d'autres formes d'aide additionnelle, la recherche démontre clairement que l'intervention d'enseignantes et d'enseignants possédant les qualifications professionnelles nécessaires est indispensable à la conception et à la prestation réussies de ce type de services. C'est aux enseignantes et aux enseignants que revient la responsabilité d'enseigner la lecture aux enfants.

Le perfectionnement professionnel

L'ensemble des enseignantes et enseignants du primaire doivent être parfaitement qualifiés pour s'acquitter de leur rôle et avoir la possibilité de se perfectionner tout au long de leur carrière. Enseigner la lecture aux jeunes élèves suppose des connaissances et des compétences hautement spécialisées, que ce soit pour l'élève qui progresse normalement que pour celui qui éprouve certaines difficultés. Grâce au vaste répertoire de méthodes d'évaluation et d'enseignement décrites plus tôt dans ce rapport, les enseignantes et enseignants sont bien placés pour repérer les élèves ayant des difficultés en lecture, axer leur enseignement sur les besoins particuliers de ces élèves et dépister ceux et celles dont les lacunes sont assez graves pour justifier un enseignement correctif et d'autres formes d'aide additionnelle. Pour se tenir au courant des nouveautés en matière d'enseignement de la lecture, les enseignantes et enseignants peuvent consulter les chercheurs dans les universités.

Si l'on veut favoriser un enseignement propice au dépistage et à l'intervention précoces, il faut faire en sorte que les enseignantes et enseignants du jardin d'enfants jusqu'à la 3e année; et au-delà aient accès à des activités de perfectionnement professionnel dont les principaux objectifs sont :

  • le maintien d'attentes élevées pour les élèves ayant des difficultés en lecture;

  • l'analyse de la nature des difficultés en lecture et de leurs répercussions sur le rendement scolaire;

  • l'étude de la nature et de la mise en œuvre des activités d'enseignement correctif et d'autres formes d'aide additionnelle;

  • la façon d'aider les élèves à exploiter leurs acquis.

Après les interventions précoces

Le dépistage et l'intervention précoces peuvent grandement contribuer soit à prévenir, soit à nettement atténuer les difficultés en lecture de beaucoup de jeunes enfants et, par la même occasion, à améliorer leurs chances de réussite scolaire. Toutefois, même les meilleures méthodes d'intervention précoce ne peuvent pas garantir l'élimination des difficultés les plus sérieuses. Il y aura toujours des élèves qui auront besoin d'une aide et de mécanismes de soutien additionnels en lecture au fil des années.

À mesure que ces élèves grandissent et que les écrits gagnent en importance en tant que moyen d'enseignement, d'apprentissage et d'évaluation du rendement scolaire, ils doivent compter sur un appui pédagogique adapté à l'évolution de leurs besoins.