Stratégie de lecture au primaire
Rapport de la table ronde des experts en lecture, 2003
Rappel du contexte
Le succès d'un enfant à l'école tout
au long de sa vie dépend largement de ses aptitudes en lecture.
L'un des plus importants défis des spécialistes de
l'éducation en Ontario consiste à faire en sorte que
l'ensemble des élèves de la province sache lire.
Nous vivons à l'ère de l'information et nul
ne saurait aspirer à une pleine participation à la société,
et encore moins à la prospérité, sans savoir convenablement
lire et écrire. Il est donc évident que les écoles
financées par les fonds publics doivent axer leurs efforts sur
les meilleurs moyens d'enseigner la lecture aux enfants. Un vaste
consensus s'est établi parmi les théoriciens et praticiens
du monde de l'éducation en ce qui a trait aux connaissances
et aux compétences que les enfants doivent posséder pour
apprendre à lire, à l'expérience de vie qui
joue sur le développement de ces habiletés et aux composantes
fondamentales de l'enseignement de la lecture. L'objet du
présent rapport est de tirer quelques conclusions pratiques des
éléments de preuve rassemblés à cet égard
et de les communiquer aux spécialistes de l'éducation,
pour que les enseignantes et enseignants puissent faire évoluer
les choses à l'endroit qui importe le plus, c'est-à-dire
dans la salle de classe.
Bien que le présent rapport soit avant tout destiné au
personnel enseignant de la maternelle à la 3e année, son
message s'adresse à l'ensemble des Ontariennes et Ontariens
qui s'intéressent au rendement en lecture des élèves
du primaire, y compris les administratrices et les administrateurs des
écoles et des conseils scolaires, les parents, les spécialistes
de l'éducation de la petite enfance, les membres des facultés
de l'éducation et les autres personnes ou groupes intéressés
au sein de la collectivité.
Le contexte ontarien
Avant d'entrer dans le vif du sujet, à savoir l'enseignement
de la lecture, il faut bien comprendre qu'il y a deux langues officielles
en Ontario. Soixante-dix-sept pour cent de la population ontarienne est
de langue maternelle anglaise. Pour leur part, les Franco-Ontariens, qui
représentent un peu plus de 5 pour 100 de la population, constituent
une minorité établie avec des droits éducationnels
historiques. Enfin, 18 pour 100 des Ontariens ont une langue maternelle
autre que le français ou l'anglais. Étant donné
que la province compte près de 25 pour 100 d'immigrants,
ses salles de classe reflètent pour la plupart une grande diversité
culturelle : on a recensé au moins 75 langues maternelles et dialectes
parmi les effectifs de ses grands conseils scolaires urbains. Cette formidable
diversité des antécédents des élèves
a de nombreuses implications pour l'enseignement de la lecture au
primaire. Elle ne représente pas, en soi, un obstacle au rendement
en lecture, à condition que les élèves possèdent
de bonnes bases dans leur langue maternelle et qu'ils reçoivent
une aide suffisante pour maîtriser la langue d'enseignement.
En Ontario, chaque enfant a droit à une éducation en langue
anglaise. Les parents auxquels s'applique l'article 23 de
la Charte canadienne des droits et libertés ont, pour
leur part, le droit de faire instruire leurs enfants en langue française.
La majorité des élèves qui fréquentent une
école financée par les fonds publics (96 pour 100 environ)
sont inscrits à une école de langue anglaise, et environ
9 pour 100 d'entre eux suivent des cours d'immersion en français.
Enfin, 4 pour 100 des enfants ontariens sont inscrits à une école
de langue française.
Dans ce rapport, la table ronde des experts en lecture part du principe
que les composantes fondamentales d'un bon enseignement de la lecture
ne varient guère, que cet enseignement se fasse en anglais ou en
français. Cela dit, les défis qui se présentent aux
systèmes scolaires anglophone et francophone lorsqu'ils cherchent
à satisfaire les besoins de leurs élèves ne sont
pas du tout les mêmes.
L'enseignement
en langue anglaise
Comme elles sont majoritaires, les écoles de langue anglaise ont
accès à une plus grande variété de matériel
didactique et d'autres ressources, en particulier à des textes
à niveaux de difficulté gradués. Les enfants qui
apprennent à lire en anglais ont tous les jours l'occasion
d'entendre, de parler et de voir leur langue d'enseignement
à l'école, à la bibliothèque, dans des
livres, des revues et des journaux, sur des plaques de rue ou des pancartes
publiques, dans les magasins, au cinéma, à la télévision,
à la radio, et dans bien d'autres endroits.
Beaucoup d'enfants ont une langue maternelle autre que l'anglais
standard. Les élèves qui ne possèdent pas les compétences
de base en anglais reçoivent une aide additionnelle dans le cadre
du programme d'English as a Second Language
(ESL) ou
d'English Literacy Development (ELD). ESL s'adresse aux élèves
qui maîtrisent peu ou pas du tout l'anglais, quoiqu'ils
puissent parler couramment une autre langue. ELD s'adresse aux élèves
dont l'anglais diffère beaucoup de l'anglais standard
ou bien qui ont connu une scolarisation limitée auparavant et qui
ont besoin d'aide pour améliorer leurs compétences
en lecture, en écriture et en communication orale. Au palier élémentaire,
les programmes ESL et
ELD sont considérés comme des programmes
d'appui ou d'intervention plutôt que des matières
distinctes. Les élèves d'ESL/ELD ont besoin de temps
et d'aide pour développer les capacités qui leur permettront
de tirer le maximum de l'enseignement qu'ils reçoivent
et de répondre aux attentes du curriculum. Cette aide est essentielle
au succès des élèves non seulement en lecture, mais
dans toutes les matières. Il est donc primordial que les enseignantes
et enseignants intègrent les méthodes et stratégies
utilisées dans les programmes d'ESL/ELD dans toutes les matières
du curriculum.
L'enseignement
en langue française
La situation est tout autre pour les enfants qui apprennent à
lire en français : d'une part, selon leur lieu de résidence,
un certain nombre d'enfants sont peu exposés au français
en dehors de la salle de classe et, d'autre part, la disponibilité
de ressources adaptées au contexte franco-ontarien et au curriculum
de l'Ontario peut poser problème.
Dans bien des cas, l'école est le seul endroit où
les élèves sont exposés à la langue française
de façon régulière. Il est donc indispensable que
leur école soit un véritable bain de langue française
et de culture francophone et qu'elle offre un soutien solide à
l'ensemble des élèves qui en ont besoin, notamment
par l'intermédiaire de programmes tels que l'actualisation
linguistique en français (ALF) et le perfectionnement du français
(PDF). Le programme d'ALF s'adresse aux élèves
qui ont une connaissance limitée ou très limitée
du français. Ce programme vise l'acquisition des connaissances
et compétences linguistiques et culturelles nécessaires
pour suivre avec succès le programme régulier de l'école
de langue française. Le programme PDF est un programme destiné
aux élèves parlant français qui sont originaires
de l'étranger et installés en Ontario depuis peu.
D'une part, ce programme vise à assurer le développement
de compétences en lecture, en écriture et en mathématiques
chez ces élèves qui accusent des retards dans ces domaines
soit parce qu'ils ont connu une scolarisation très différente
de celle dispensée dans les écoles franco-ontariennes, soit
parce qu'ils n'ont pu fréquenter l'école
régulièrement. D'autre part, le programme de PDF soutient
l'apprentissage des élèves et leur permet de se familiariser
tant avec leur nouveau milieu socioculturel qu'avec les particularités
du système d'enseignement franco-ontarien.
La table ronde des experts en lecture
La table ronde des experts en lecture réunissait des personnes
aux antécédents très variés mais s'intéressant
toutes à l'enseignement de la lecture en leur qualité
de membres de la profession enseignante, de la direction d'écoles,
de l'administration des conseils scolaires, du milieu universitaire
ou du monde de la recherche ou encore en tant que conseillères
et conseillers pédagogiques. Provenant des communautés anglophone,
francophone et autochtone, ces personnes se sont efforcées de mettre
en commun ce qu'elles savaient de l'apprentissage et de l'enseignement
de la lecture. Elles se sont penchées sur bon nombre de travaux
de recherche traitant de la lecture, pour ensuite en discuter, afin de
produire un rapport qui présente les caractéristiques d'un
enseignement efficace de la lecture et qui définit les meilleures
pratiques dans ce domaine pour tous les élèves ontariens.
Les principes directeurs de ce groupe d'experts, ainsi que les principaux
thèmes du présent rapport, peuvent se résumer en
quelques énoncés que voici.
Principe n° 1 : L'enseignement
de la lecture doit se fonder sur les résultats
de solides recherches dont la validité a été
vérifiée dans la salle de classe.
Malgré les conclusions et les méthodes très différentes
préconisées sur une base individuelle par diverses publications
scientifiques ou programmes, il existe un vaste consensus au sein de la
communauté scientifique en ce qui concerne l'enseignement
de la lecture. Des recherches valides mettent en évidence les composantes
à prévoir dans tout programme de lecture si l'on veut
qu'il soit efficace. Ces recherches montrent clairement que la qualité
de l'enseignement de la lecture permet de compenser les facteurs
qui risqueraient d'empêcher certains enfants d'apprendre
à lire avec succès.
Ce rapport constitue une étape importante puisqu'il réunit
les meilleures informations disponibles à l'heure actuelle
pour que les enseignantes et les enseignants puissent s'en inspirer
dans leur enseignement de la lecture. Il est important que la recherche
dans ce domaine se poursuive, afin que nos écoles aient accès
aux informations nécessaires pour continuer d'améliorer
cet enseignement.
Principe n° 2 : La réussite
des enfants au début de l'apprentissage de la lecture
est essentielle.
La maîtrise de la lecture est la base même du rendement de
l'élève tout au long de sa scolarité. Or, la
période sensible pour l'apprentissage de la lecture se situe
entre quatre et sept ans. La recherche sur les difficultés qu'éprouvent
certains enfants au moment d'apprendre à lire aboutit à
une constatation très simple : parmi les élèves qui
ont encore des problèmes de lecture en 3e année, rares sont
ceux ou celles qui arrivent à les surmonter entièrement
par la suite. Il importe donc de déceler les difficultés
le plus tôt possible, afin d'éviter qu'elles
ne s'aggravent.
Principe n° 3 : L'enseignante
ou l'enseignant exerce une influence répondérante
sur l'acquisition de la lecture par l'enfant.
La recherche souligne à l'unanimité que l'aptitude
des enseignantes et des enseignants à assurer un enseignement de
qualité est le facteur qui exerce la plus grande influence sur
l'aisance avec laquelle les enfants maîtrisent la lecture.
Il est essentiel de reconnaître le rôle crucial que jouent
les enseignantes et les enseignants dans la prévention des problèmes
de lecture et de procurer aux enseignants de tous les niveaux les connaissances
et les compétences de pointe qui leur permettront d'enseigner
la lecture et de promouvoir la littératie. Ceci assure que les
enseignantes et les enseignants ne sont pas considérés comme
de simples consommateurs de produits et de programmes prêts à
utiliser, mais plutôt comme des éducateurs faisant preuve
d'esprit critique et capables de faire des choix judicieux qui tiennent
compte des besoins de leurs élèves tout en atteignant les
objectifs de l'enseignement de la lecture.
Principe n° 4 : Le succès
du personnel enseignant en salle de classe dépend de la coopération
et de l'appui des leaders au niveau de l'école
et du conseil qui valorisent et offrent le perfectionnement professionnel
continu.
Le succès en matière d'enseignement de la lecture
au primaire ne dépend jamais d'une seule personne. Il met
à contribution non seulement les enseignantes et les enseignants
des classes du primaire, mais aussi tous leurs partenaires au sein du
système d'éducation. Partant du principe qu'il
convient d'aborder l'enseignement de la lecture de façon
coopérative à l'échelle du système,
ce rapport traite de questions de leadership, du perfectionnement du personnel
enseignant, de même que du rôle des parents et de la collectivité.
Tous les partenaires contribuent de façon significative au rassemblement
des conditions idéales qui permettent aux enseignantes et aux enseignants
d'assurer un enseignement efficace et aux élèves d'apprendre
en utilisant toutes leurs aptitudes.
L'établissement
de bases communes
Lorsque qu'il s'agit de la lecture, les débats peuvent
être passionnés et les opinions fort diversifiées.
C'est alors un véritable défi de travailler en collaboration
pour trouver des solutions utiles à tous les enfants. Nous, les
membres de la table ronde, en parlons en connaissance de cause : compte
tenu de nos antécédents variés, nos discussions reflétaient
les perspectives que nous avions développées au fil des
années dans nos milieux respectifs. Nous avons, en effet, eu du
mal à reconnaître nos divergences et à les surmonter,
surtout compte tenu des limites que nous imposaient notre mandat et son
délai d'exécution. Quoi qu'il en soit, notre
fervent désir que tous les enfants apprennent à lire et
notre conviction que la qualité de l'enseignement fait toute
la différence nous ont permis de trouver un terrain d'entente.
Animés de ces sentiments immuables, nous avons découvert
que notre diversité faisait notre force, dans la mesure où
elle nous a permis d'examiner sous tous les angles les problèmes
sur lesquels nous nous penchions, de puiser dans une plus vaste gamme
de ressources, de confronter nos idées et d'étayer
nos conclusions.
Bien entendu, la production de ce rapport n'était pas une
fin en soi, mais un pas de plus dans un processus continu. Nous offrons
ce document à l'ensemble des Ontariennes et des Ontariens,
et remercions ceux et celles qui nous ont donné l'occasion
de faire un bout de chemin avec eux.
Membres
de la table ronde des experts en lecture
Dany
Laveault (coprésident)
Professeur
Faculté d'éducation, Université d'Ottawa
Bonnie McEachern (coprésident)
Surintendante
Upper Grand District School Board
Mary Anne Alton
Surintendante
Bluewater District School Board
Chantal Bergeron
Conseillère pédagogique
Conseil scolaire de district des écoles catholiques du Sud-Ouest
Johanne Bourdages
Professeure
Faculté d'éducation, Université d'Ottawa
Cécile Champagne-Muzar
Professeure
Faculté d'éducation, Université d'Ottawa
Brenda Davis
Consultante
Six Nations
Joan Fallis
Enseignante
Grand Erie District School Board
Colleen French
Surintendante
Toronto Catholic District School Board
Annie Gaudreault
Conseillère pédagogique
Conseil scolaire de district du Centre Sud-Ouest
Mary McGuire
Conseillère pédagogique
York Catholic District School Board
Alyson McLelland
Directrice d'école
Toronto District School Board |
Thér�se McNamara
Conseillère pédagogique
Simcoe County District School Board
France Nicolas
Enseignante
Conseil scolaire de district catholique du Centre-Est de l'Ontario
Julia O'Sullivan
Doyenne de l'éducation, Université Lakehead
Directrice nationale, Centre d'excellence pour les enfants
et adolescents ayant des besoins particuliers
Pat Prentice
Conseillère pédagogique
Durham District School Board
Angela Puma
Conseillère pédagogique
Toronto Catholic District School Board
Colleen Russell
Directrice Toronto
District School Board
Julie St-Onge
Professeure adjointe
École des sciences de l'éducation, Université
Laurentienne
Sharon Turnbull-Schmitt
Surintendante
Toronto District School Board
Lesly Wade-Woolley
Professeure adjointe
Faculté d'éducation, Université Queen's
Dale Willows
Professeure
Institut d'études pédagogiques de l'Ontario
Université de Toronto |