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Pour une politique de la recherche en Ontario
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Document de travail
Préparé pour le
ministère de l'Éducation et de la Formation par David C.
Smith, le 26 mai 1997 |
Sommaire
Le présent document de travail comporte 20 sections, dont
chacune se termine sur une synthèse, en caractères gras. Ces
points de synthèse sont reproduits ci-dessous.
Douze traits caractéristiques d'une politique de la
recherche
- Nécessité d'énoncer les
objectifs
- 1. L'Ontario doit affirmer clairement,
par des énoncés publics, que l'excellence du rendement en
matière de recherche est un objectif stratégique, dont la
réalisation est fonction d'un partage des
responsabilités.
- Rôles distincts des collèges et des
universités
- 2. Au niveau postsecondaire, les
universités sont la source principale des activités de recherche;
du côté des collèges, les activités
présentent toutefois deux phénomènes notables, qui sont
susceptibles de prendre de l'importance avec le temps. Il y a d'abord les
travaux de conception et de développement qui ont lieu dans certains
secteurs des collèges actuels; il y a ensuite l'intérêt
pour la recherche que manifestent personnellement certains enseignants et
enseignantes des collèges, dont les travaux seraient
indéniablement facilités par l'accès aux installations
universitaires et par un statut d'associés dans une université.
Dans certains cas, les échanges entre établissements sont
favorisés par l'aménagement de nouveaux centres, tributaires tant
des collèges que des universités.
- Équilibre entre recherche fondamentale et recherche
appliquée
- 3. Il est impossible de définir
avec exactitude ce que serait un juste équilibre entre recherche
fondamentale et recherche appliquée, et la démarcation entre les
deux est souvent floue. Ces deux volets sont importants pour les études
supérieures et le développement économique, mais on
s'inquiète de plus en plus de l'affaiblissement injustifié de la
capacité de recherche fondamentale, qui doit être rétablie
et reprendre son rang.
- Reconnaissance d'une recherche de type
intégration-interprétation
- 4. Un certain mode de recherche, que
nous désignons ici par l'expression « recherche de type
intégration-interprétation », doit être reconnu
comme une activité essentielle des professeurs d'université. Le
financement de cette activité doit provenir principalement des budgets
de fonctionnement des universités, mais son importance devrait
être reconnue non seulement par les conseils de gestion universitaires
mais, de façon plus générale, au moyen de distinctions et
prix décernés en public.
- Équilibre des activités de recherche dans
les divers domaines
- 5. Il faut maintenir un juste
équilibre des activités de recherche dans les divers domaines.
L'accent qu'on a mis récemment sur l'aide à la recherche
scientifique et sur le transfert des technologies est une mesure digne
d'éloges. Mais on constate des signes inquiétants de
négligence à l'égard des humanités et des sciences
sociales.
- Insistance sur le concours public et l'évaluation
par les pairs
- 6. Le concours public et
l'évaluation par les pairs sont des caractéristiques de base d'un
bon système d'attribution de l'aide à la recherche et
d'évaluation des résultats. On peut avoir de bonnes raisons de
modifier ces conditions dans certaines situations, mais il incombe aux conseils
de gestion des universités de définir ces situations ainsi que
toute dérogation autorisée, afin de permettre aux
universités de s'acquitter de leur mandat, qui est de maximiser la
diffusion du savoir.
- Différenciation des fonctions de recherche des
universités
- 7. Une différenciation
marquée s'est fait jour entre les universités ontariennes du
point de vue de l'intensité des activités de recherche et de
l'insistance sur la formation des futurs chercheurs et chercheuses. Il faut
résister à la tendance d'assigner un rang de prestige aux
diverses mesures et cotes d'intensité de la recherche, surtout si l'on
tient compte des grandes fonctions d'un système universitaire digne du
nom. Il semble opportun de poursuivre dans la voie adoptée par l'Ontario
à l'égard d'une différenciation qui est principalement
fonction du choix des établissements à partir d'un tableau
stratégique de moyens incitatifs. Mais retenons qu'un organe
consultatif, du type préconisé par le Comité consultatif
sur l'orientation future de l'éducation postsecondaire, serait d'une
aide précieuse pour effectuer certains ajustements institutionnels
difficiles à entreprendre lorsque les universités sont
laissées à elles-mêmes.
- Subventions au fonctionnement de base
- 8. Parce que le financement du
fonctionnement de base est le facteur déterminant capital pour la
capacité de recherche des universités, la politique de la
recherche doit examiner le degré de suffisance de ce financement. Le
Comité consultatif sur l'orientation future de l'éducation
postsecondaire a conclu dans son rapport à une grave insuffisance de ce
financement en Ontario, lacune qui ressort particulièrement à la
comparaison avec d'autres Provinces ou États du Canada et des
États-Unis, et que met aussi en évidence l'examen de nombreux cas
où des universités ontariennes ont été incapables
de l'emporter sur des universités de l'extérieur pour le
recrutement et la rétention de chercheurs- enseignants
d'élite.
- Besoins sur le plan de l'infrastructure
- 9. Il faudra consentir des efforts
soutenus pour étoffer et consolider l'infrastructure de la recherche,
sur le plan des ressources humaines aussi bien que des installations
matérielles. Deux initiatives annoncées récemment
devraient aller en ce sens, mais il faudra être vigilant dans leur suivi.
Il s'agit de la création, annoncée dans le cadre du budget
fédéral de février 1997, d'une Fondation canadienne pour
l'innovation, qui a pour objet le soutien de l'infrastructure de la recherche.
De plus, il y a eu l'annonce, dans le cadre du budget provincial de mai 1997,
de l'instauration d'un Fonds d'encouragement à la
recherche-développement et d'un crédit d'impôt de l'Ontario
pour les entreprises parrainant les instituts de recherche. Collectivement, ces
initiatives fédérale et provinciales représentent des
moyens d'améliorer l'infrastructure de la recherche, grâce au
jumelage de fonds provenant du secteur public fédéral et
provincial, du secteur privé et des universités.
- Financement des frais généraux
- 10. Le financement de la recherche
universitaire subventionnée de l'extérieur devrait normalement
comprendre les frais généraux. Dans le cas des conseils
subventionnaires fédéraux, il en a été autrement,
et cette situation devrait se poursuivre à court terme. Pour
atténuer l'effet déformant de cet état de choses et
à titre de mesure incitative, afin que l'Ontario revendique sa juste
part des fonds fédéraux, il faudrait accorder un
supplément de financement au titre des frais généraux,
soit des sommes plus élevées qu'actuellement, mais toujours par
voie de concours et en fonction de l'évaluation par les pairs.
L'érosion actuelle du financement de base des universités rend
d'autant plus pressant la nécessité d'un supplément de
fonds par opposition à une réaffectation des fonds.
- Lien entre recherche et études
supérieures
- 11. Le lien entre recherche et
enseignement est complexe et diffère selon le type d'études
supérieures qui est en cause. Si ce lien est bien compris, une politique
de la recherche peut influer de façon positive sur la qualité de
l'enseignement supérieur.
- Recherche et échanges internationaux
- 12. Une politique de la recherche doit
se fonder non pas sur un protectionnisme territorial des activités de
recherche, mais, au contraire, sur l'ouverture à l'échange
international des idées et des chercheurs et sur l'adoption de normes de
qualité définies dans l'arène internationale.
Politiques actuelles aux paliers provincial et
fédéral
- Rôle du ministère de l'Éducation et de
la Formation
- 13. Étant donné
l'importance capitale qu'il revêt pour la capacité d'enseignement
et de recherche des établissements postsecondaires, le ministère
de l'Éducation et de la Formation sera une instance clé dans
l'élaboration d'une politique de la recherche. Des changements
organisationnels démontrant qu'on attache une priorité publique
plus nette aux études supérieures et à la recherche
méritent dêtre étudiés.
- Rôle de certains autres ministères
ontariens
- 14. Si l'on veut mettre de l'avant une
politique de la recherche, il serait important d'examiner les politiques du
gouvernement provincial concernant ses propres ministères. L'examen
devrait porter, entre autres, sur les volets suivants : meilleure
concertation des ministères au chapitre des activités de
recherche; recours accru des ministères au système d'attribution
externe des contrats de recherche; adhésion plus étroite au
principe établi qui veut que les contrats de recherche incluent le
paiement des frais généraux afférents. En outre, une
politique de la recherche plus articulée appelle l'établissement
d'une meilleure filière de transmission au Conseil des ministres des
recommandations concernant la recherche.
- Intérêts de la province et politiques
fédérales
- 15. En Ontario, l'établissement
d'une politique de la recherche doit englober des stratégies
harmonisées avec les politiques nationales à ce chapitre.
À l'heure actuelle, on a des raisons de croire que l'Ontario n'est pas
aussi bien organisé que d'autres provinces pour la promotion de ses
rapports avec le fédéral, ce qui prive les établissements
de recherche d'un avantage concurrentiel.
- Programmes fédéraux d'une importance
particulière
- 16. En recherche, les stratégies
provinciales devraient être complémentaires des politiques
fédérales, afin de favoriser l'accès de l'Ontario aux
importantes ressources fédérales à cet
égard.
Évaluation du rendement; moyens de combler les lacunes
et de suprimer les chevauchements
- Mesure globale du rendement d'ensemble de la
recherche
- 17. L'Ontario est en tête des
provinces canadiennes sur le plan de la recherche universitaire. Cette position
a cependant connu un glissement ces dernières années.
- Affinement des mesures appliquées au rendement de
la recherche
- 18. Des indicateurs du rendement de la
recherche peuvent être tirés de trois sources : intrants ou
composantes des activités de recherche; extrants ou résultats des
activités de recherche; retombées des activités de
recherche. Ces indicateurs peuvent éclairer des aspects importants, mais
aucun type d'indicateurs ne suffit à lui seul. L'amélioration des
évaluations du rendement de la recherche demande un certain nombre
d'étapes : l'utilisation de toute une gamme d'indicateurs; des
données plus pertinentes et une analyse plus fine; l'intégration
de travaux réalisés sur les mesures quantitatives et
d'appréciations émanant d'évaluateurs hautement
qualifiés et dignes de foi; la reconnaissance du fait que la recherche,
de nature fondamentale tout particulièrement, a des retombées
indirectes, imprévisibles et à très long
terme.
- Défi de la différenciation pour une
recherche et un enseignement de qualité
- 19. Les universités choisissent,
chacune, des voies différentes pour leur évolution, tout en
assurant la double fonction d'enseignement et de recherche qu'on attend de
toute université. Cette différenciation est importante pour
donner le choix aux étudiantes et étudiants et pour exploiter les
ressources de façon rationnelle. On devrait offrir des mesures
incitatives plus substantielles aux universités qui privilégient
les programmes d'études de premier cycle et renoncent à dispenser
des programmes d'études et de recherche d'envergure aux cycles
supérieurs. Le soutien à l'infrastructure de ces
établissements devrait leur permettre d'avoir accès aux
ressources documentaires, de mener des travaux de recherche conjoints et de
bénéficier de la capacité d'enseignement
d'établissements de recherche majeurs tout en conservant les
points forts de leur milieu d'apprentissage propre. Parallèlement, il
est nécessaire d'assurer le maintien de normes rigoureuses pour que les
programmes d'études supérieures continuent d'être
agréés, notamment au niveau doctoral, et l'on devrait faciliter
la restructuration entre universités lorsque des évaluations
autonomes en règle signalent un nombre excessif de programmes ou
d'enseignants-chercheurs dans un secteur donné. Il faudra
également offrir des mesures incitatives aux universités qui
optent pour des programmes d'études et de recherche d'envergure aux
cycles supérieurs. Ces universités doivent pouvoir s'attacher des
chercheuses et chercheurs de classe internationale, niveau où ces postes
sont particulièrement onéreux, sur le plan de la
rémunération, mais aussi et parfois bien
davantage sur celui du soutien à la recherche dont ils sont
normalement assortis. Ces établissements doivent disposer du financement
nécessaire au chapitre de l'infrastructure et des frais
généraux de la recherche.
- Nécessité de nouveaux organes et
acheminement des recommandations en matière de politique
- 20. La réflexion sur une
politique de la recherche mène à cerner plusieurs secteurs
où un changement institutionnel pourrait être approprié. La
recommandation du Comité consultatif touchant la formation d'un organe
consultatif sur l'éducation postsecondaire serait avantageuse à
des niveaux tels que celui de l'évaluation du rendement de la recherche
dans le réseau. Une certaine forme de fondation aiderait à
combler les lacunes que présente le financement de la recherche. Il
serait utile d'instituer une tribune qui permettrait aux dirigeantes et
dirigeants des secteurs privé et public d'exprimer et d'échanger
des opinions sur l'importance d'une politique publique de la recherche et les
formes qu'elle pourrait prendre. Le gouvernement déterminera
lui-même le degré de priorité qu'il convient d'attacher
à la politique de la recherche par l'articulation de la filière
de transmission des recommandations au Conseil des ministres.
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Pour une politique de la recherche en Ontario
Document de travail
L'une des recommandations formulées dans son rapport par le
Comité consultatif sur
l'orientation future de l'éducation postsecondaire en Ontario
se lit comme suit : « [...] que l'Ontario élabore une politique en matière de recherche. Il est urgent de se munir d'une telle politique devant les préoccupations croissantes soulevées à l'égard de
la compétitivité de l'Ontario sur le plan de la recherche. La
politique devrait viser la recherche, appliquée aussi bien que
fondamentale, qui est effectuée dans les secteurs et public et
privé. » Le présent document se propose d'examiner de
plus près cette recommandation, en s'attardant aux aspects d'une
politique de la recherche qui sont pertinents pour les collèges et les
universités.
S'ouvrant sur un sommaire, l'étude s'articule autour de trois
grands thèmes :
(I) objectifs et
caractéristiques d'une politique de la recherche;
(II) politiques
actuelles aux paliers provincial et fédéral;
(III) évaluation
du rendement; moyens de combler les lacunes et de supprimer les chevauchements
dans les politiques.
Notre document se fonde sur une matière issue des consultations
poussées que le Comité a menées au cours de l'automne de
1996 et d'autres consultations réalisées en 1997,
parallèlement à la préparation de l'étude. Le
rôle des universités dans le transfert technologique fait le sujet
d'un article distinct, rédigé par Jane Cousens.
I. Nature et caractéristiques d'une
politique de la recherche
a) Définition et but
La recherche est une démarche complexe, dont les nombreuses
facettes se rattachent à une propriété centrale
celle de la génération du savoir. Une politique de la recherche
doit également présenter des facettes multiples avec, en noyau
central, les éléments suivants : énoncé de la
vision et objectifs de la politique; analyse réfléchie des
principaux facteurs ayant une incidence sur la réalisation des
objectifs; moyens dont pourrait s'adjoindre la politique pour influer sur ces
facteurs dans le sens des objectifs, de même que précautions
à prendre pour parer aux dangers et inconvénients de certains
plans d'action; procédés à suivre pour le choix de ces
moyens.
L'Ontario n'a pas encore mis en vre de plan général
pour la définition d'une politique de la recherche. En fait, on ne sait
pas très bien si ce genre de politique a déjà
existé à proprement parler, bien que nombre de politiques
publiques aient eu une portée pour la recherche. Il est tout à
fait opportun d'entamer tout au moins l'ébauche d'une telle politique,
et ce, pour plusieurs raisons.
Tout d'abord, dans de nombreux pays, une « nouvelle
théorie de la croissance économique » commence à
s'imposer; en termes simples, celle-ci avance que les idées
leur conception et leur mise en vre sont le
grand facteur caractéristique de certains pays et régions plus
susceptibles que d'autres de prospérer à long terme. Cette
analyse et ses ramifications appuient l'argumentation en faveur de
l'enseignement et de la recherche.
En deuxième lieu, on plaide la nécessité d'une
politique de la recherche mieux articulée, afin de stimuler la
compétitivité en regard d'autres instances et d'aider les
établissements de recherche de la province à obtenir des fonds de
recherche à l'extérieur, en particulier au palier
fédéral du Canada.
En troisième lieu, étant donné l'existence dans
de nombreux ministères de toute une gamme de politiques provinciales
intéressant la recherche, on gagnerait selon certains à mieux
coordonner ces instruments par le biais d'une politique de la recherche qui
aurait pour effet d'en accroître l'efficacité.
En quatrième lieu, on suggère que la grave
érosion, récemment constatée, de la capacité de
recherche dans les établissements postsecondaires de l'Ontario n'a pas
reçu l'attention qu'elle méritait, à cause de la
fragmentation actuelle des politiques. En outre, le mécanisme de
financement du système postsecondaire, fondé en bonne partie sur
les effectifs, a empêché de voir clairement les
répercussions sur la recherche des modifications apportées aux
subventions de fonctionnement.
On invoque aussi parfois les dangers qu'il y aurait à
établir une politique de la recherche. En effet, la recherche ne se fait
pas dans des conditions idéales si elle est bridée par un plan
directeur de nature bureaucratique. D'aucuns sont d'avis que l'Ontario et le
Canada sont déjà rendus trop loin dans cette voie. En outre, on
souligne que, par certains côtés, une politique de la recherche
peut à l'occasion faire plus de tort que de bien, si, notamment, les
objectifs et le choix des instruments laissent à désirer. Ainsi,
on s'inquiète beaucoup des effets néfastes pour la recherche
d'une réorientation du financement qui, soustrayant aux
universités les fonds dont elles ont un besoin vital pour fonctionner,
affecterait ces fonds à des postes à priorité moindre, ou
encore d'un appui à la recherche qui ne serait pas centré sur
l'excellence, quelles que soient les formes prises par cette recherche.
L'élaboration d'une politique de la recherche demande une grande
part de consultations et d'ententes consensuelles, si l'on veut doter cette
politique d'une base solide et des propriétés nécessaires
à sa viabilité. Les dirigeantes et dirigeants des secteurs aussi
bien privé que public doivent être persuadés de la valeur
d'une telle politique et de la priorité élevée que lui
reconnaît le calendrier stratégique du gouvernement.
De nombreuses voies ou options s'offrent au processus de constitution
d'une politique de la recherche. Nous tentons ci-dessous de les
départager et de leur rattacher des énoncés de
synthèse, sans imposer de restrictions indues à l'éventail
des possibilités.
Un énoncé d'objectifs devrait à tout le moins
insister sur l'importance de la recherche comme objectif d'une politique
publique et sur le partage des intérêts et des
responsabilités auquel donne lieu cet objectif. Par
conséquent : |
| Point de synthèse 1 :
L'Ontario doit affirmer clairement, par des énoncés publics, que
l'excellence du rendement en matière de recherche est un objectif
stratégique, dont la réalisation est fonction d'un partage des
responsabilités. |
b) Rôle des collèges et des universités
Selon les normes internationales, les dépenses brutes en
recherche-développement (DBRD) en pourcentage du produit
intérieur brut sont relativement faibles au Canada. Le tableau 1 donne
ce pourcentage à l'égard de huit pays développés,
et le Canada s'y range au septième rang. |
Tableau 1 Dépenses brutes en
R-D (DBRD) en pourcentage du
PIB et dépenses du secteur de l'enseignement
supérieur en R-D (DESRD)
en pourcentage du PIB 1995
|
DBRD en pourcentage du
PIB
|
DESRD en pourcentage du
PIB
|
| Canada |
1,60 |
0,37 |
| France |
2,34 |
0,38 |
| Allemagne |
2,27 |
0,43 |
| Italie |
1,14 |
0,26 |
| Japon |
2,84* |
0,57* |
| Suède |
3,04 |
0,80** |
| Royaume-Uni |
2,19* |
0,38 |
| États-Unis |
2,58 |
0,39 |
* données relatives
à 1994; ** données relatives à 1993 Source : OCDE,
Principaux indicateurs de la science et de la technologie, 1996, p.
2
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En ce qui concerne l'importance des dépenses du secteur de
l'enseignement supérieur en recherche-développement (DESRD)
exprimée en pourcentage du produit intérieur brut, toutefois, le
Canada se rapproche de la moyenne des pays figurant au tableau 1. On voit donc
que le pays a été relativement plus dépendant de la R-D
entreprise dans les établissements postsecondaires.
On ne dispose pas de données semblables pour l'Ontario, mais,
selon d'autres données, l'Ontario qui présente une
concentration plus forte d'entreprises que d'autres provinces affiche
un rapport DBRD/PIB plus élevé que la
moyenne nationale.
Au niveau postsecondaire en Ontario, la recherche est concentrée
dans les universités. Lors de l'institution des collèges d'arts
appliqués et de technologie, c'est le mandat de la formation qui leur a
explicitement été confié. Ce départage des
fonctions se poursuit et il est réaffirmé dans le rapport du
Comité consultatif. Cependant, les collèges subissent
actuellement des changements à deux points de vue qui sont pertinents
pour une politique de la recherche.
Tout d'abord, certains secteurs de certains collèges ont vu se
développer des centres d'activité qui répondent à
la définition de « développement » du
côté essentiellement appliqué de la sphère dite de
la « recherche-développement ». Ces travaux
effectués dans certains collèges sont axés sur la
conception et le développement, bien souvent en vue de la diffusion et
de la transmission des technologies. Il y a, pour n'en citer que quelques
exemples, le programme d'animation de Sheridan; la spécialisation en
produits chimiques de Lambton; les études de génétique en
agriculture de Sir Sandford Fleming; l'accent mis sur les plastiques à
Humber. Une bonne partie de ces travaux bénéficient d'un appui
direct de l'industrie, qui en recueille directement les retombées.
Deuxièmement, certains membres du corps enseignant des
collèges s'intéressent à la recherche, bien qu'ils n'y
soient pas contraints par leurs conditions d'emploi. L'accès aux
installations de recherche d'une université peut certainement aider dans
leurs travaux ces enseignantes et enseignants, qui arrivent parfois à
obtenir un statut de membres associés d'une équipe de recherche,
et à participer ainsi aux demandes de subvention. On gagne
peut-être à laisser ce type d'entente à l'initiative
individuelle, dans un contexte pragmatique et décentralisé. Mais
on devrait inciter les universités à favoriser de tels
arrangements lorsqu'ils sont appropriés. |
| Point de synthèse 2 : Au
niveau postsecondaire, les universités sont la source principale des
activités de recherche; du côté des collèges, les
activités présentent toutefois deux phénomènes
notables, qui sont susceptibles de prendre de l'importance avec le temps. Il y
a d'abord les travaux de conception et de développement qui ont lieu
dans certains secteurs des collèges actuels; il y a ensuite
l'intérêt pour la recherche que manifestent personnellement
certains enseignants et enseignantes des collèges, dont les travaux
seraient indéniablement facilités par l'accès aux
installations universitaires et par un statut d'associés dans une
université. Dans certains cas, les échanges entre
établissements sont favorisés par l'aménagement de
nouveaux centres, tributaires tant des collèges que des
universités. |
c) Portée des activités de recherche
équilibre entre recherche fondamentale et recherche
appliquée
La distinction entre recherche fondamentale et recherche
appliquée n'est pas facile à formuler. On essaie parfois de
préciser par d'autres termes et périphrases les adjectifs
« fondamentale » et
« appliquée », parce que cette distinction est
à la fois pertinente et importante pour la détermination d'un
juste équilibre dans l'envergure des activités de recherche. La
première c'est-à-dire recherche fondamentale ou
théorique a principalement pour moteur la curiosité que
suscite l'inconnu; à ce titre, c'est une exploration aux
frontières du savoir. La seconde c'est-à-dire recherche
appliquée est principalement motivée par une quête
des moyens pouvant servir à l'utilisation ou à l'application des
idées. Le mot « principalement » est important,
car il existe nombre de cas où les deux types de recherche ont en commun
une part substantielle de caractéristiques.
Les deux types de recherche sont importants pour notre
société. La recherche fondamentale est la source d'idées
premières, qui ont eu un rôle considérable dans
l'évolution de l'humanité. Comme ces idées ne connaissent
pas de frontières, on met parfois en doute la nécessité
pour le Canada comme pour l'Ontario de disposer en propre d'une capacité
de recherche fondamentale. Ne pourrions-nous pas nous contenter d'exploiter les
idées générées ailleurs? Or, c'est en large mesure
ce que nous faisons déjà, l'apport du Canada à la
recherche fondamentale dans le monde étant de l'ordre de 2 %
à 5 %. Mais, même s'il ne s'agit que
d'importer une foule de ces idées complexes formulées ailleurs,
il est nécessaire de posséder sur place une certaine
capacité de recherche fondamentale. Parallèlement, en recherche
appliquée, nombre d'idées sont générées
ailleurs, mais, pour les importer et les adapter à ses besoins
particuliers, une région ou un pays doit posséder une certaine
capacité de recherche appliquée. Pour arriver, dans ce monde aux
fluctuations rapides, à la souplesse et à l'adaptabilité
nécessaires, notre pays doit se doter d'une armature dans ces deux
volets.
L'importance relative de ces deux ordres de recherche a changé
avec le temps. Jusqu'au début des années 1980, le Canada et
l'Ontario mettaient fortement l'accent sur la recherche fondamentale, dont le
financement provenait en grande partie des budgets de fonctionnement des
universités et des organes subventionnaires du fédéral. Le
virage survenu depuis fait que l'accent porte désormais sur le
développement de la recherche appliquée. Ce virage s'est traduit
par une plus grande importance accordée aux approches de nature
« appliquée » par les conseils subventionnaires
fédéraux et par les centres d'excellence des paliers tant
fédéral que provincial, de même que, de façon plus
large, par l'exigence croissante du « partenariat » comme
condition d'admissibilité à de nombreuses subventions.
L'augmentation des appuis octroyés à la recherche
appliquée s'est valu bien des éloges. Le malaise qui s'est
récemment manifesté à propos de ce déplacement
d'accent ne constitue pas une critique à l'égard de la recherche
appliquée, mais reflète plutôt la crainte qu'on n'insiste
pas assez, en Ontario et au Canada, sur le maintien d'une capacité de
recherche fondamentale digne du nom. L'affaiblissement de cette capacité
est en grande partie attribuable aux contraintes financières
imposées au budget global des universités ainsi qu'au
déplacement des priorités au sein des organismes
subventionnaires. |
| Point de synthèse 3 : Il est
impossible de définir avec exactitude ce que serait un juste
équilibre entre recherche fondamentale et recherche appliquée, et
la démarcation entre les deux est souvent floue. Ces deux volets sont
importants pour les études supérieures et le développement
économique, mais on s'inquiète de plus en plus de
l'affaiblissement injustifié de la capacité de recherche
fondamentale, qui doit être rétablie et reprendre son
rang. |
d) Portée des activités de recherche rôle
de la recherche de type intégration-interprétation
La recherche et l'enseignement sont les deux grandes fonctions
universitaires. Ce ne sont pas tous les membres du corps enseignant qui
travaillent à repousser les frontières de la recherche
fondamentale ou appliquée, mais toutes et tous se doivent de participer
à une recherche d'un autre type, que certains ont qualifiée de
« recherche par la réflexion » (terme
employé par L.-P. Bonneau et J.A. Corry, dans Poursuivre
l'optimum, AUCC, 1972), mais qu'il serait
peut-être à mon avis plus juste d'intituler « recherche
de type intégration- interprétation ».
Essentiellement, ce type de recherche recouvre les travaux nécessaires
pour comprendre à fond le corpus toujours croissant des connaissances
dans un secteur en y intégrant des intuitions, perceptions et
conclusions d'ordre interprétatif, et pour diffuser le fruit de ces
travaux par l'enseignement et la publication. Cette activité exige des
chercheuses et chercheurs qu'ils connaissent de façon exhaustive les
progrès de la recherche effectuée dans un secteur, en comprennent
toute la portée et soient en mesure de l'interpréter ainsi que de
l'exprimer de façon à les rendre plus accessibles aux
étudiantes et étudiants, aux autres chercheuses et chercheurs et
au grand public. Dans ses commentaires sur le concept apparenté de la
« recherche par la réflexion », David Cameron
écrit :
[TRADUCTION] C'est là un travail sérieux et ardu,
tout aussi sérieux et ardu que la recherche de pointe. Il s'agit de
remettre en question les méthodes établies d'organisation du
savoir, ce qui demande aux penseurs une maîtrise consommée de leur
domaine. Ils et elles peuvent ainsi en hiérarchiser les
éléments par ordre d'importance, expliquer ce qui en est
fondamental et, ce qui est plus important encore, pourquoi. Voilà la
formule d'éléments indissociables : enseignement et recherche par
la réflexion. Toutes les personnes qui enseignent au niveau
universitaire devraient pratiquer la recherche par la réflexion et
disposer du temps et des ressources nécessaires pour s'y adonner.
David M. Cameron, « Issues in the Financing
of University Research : Background Notes »,
préparé pour le Nova Scotia Council on Higher Education
(miméographié, 18 novembre 1994)
Cet article n'a pas reçu l'attention ni l'estime qu'il
méritait, mais il est intéressant de relever, par exemple, que le
Conseil de recherches en sciences humaines prévoit une catégorie
spéciale de bourse qui consacre l'excellence dans ce type de
recherche. |
| Point de synthèse 4 : Un
certain mode de recherche, que nous désignons ici par l'expression
« recherche de type
intégration-interprétation », doit être reconnu
comme une activité essentielle des professeurs d'université. Le
financement de cette activité doit provenir principalement des budgets
de fonctionnement des universités, mais son importance devrait
être reconnue non seulement par les conseils de gestion universitaires
mais, de façon plus générale, au moyen de distinctions et
prix décernés en public. |
e) Portée des activités de recherche
équilibre des activités de recherche dans les divers
domaines
La grande diversité des domaines visés par les programmes
universitaires débouche sur une grande diversité de sujets. La
recherche englobe l'élaboration et l'essai d'hypothèses dans les
sciences naturelles, les sciences appliquées et les sciences de la
santé; dans l'étude du comportement humain par les sciences
sociales; dans l'étude de l'expression et de la communication de
l'expérience humaine par les humanités.
La question de savoir si certains segments importants de
l'éventail des domaines de recherche ne sont pas indûment
négligées fait la matière d'un débat nourri. Dans
les sciences naturelles et dans les sciences de la santé, la recherche
exige souvent des équipements et des laboratoires coûteux, que les
universités ne peuvent financer à même leurs budgets de
fonctionnement. Les pouvoirs publics ont assuré un financement direct,
tant par l'établissement de laboratoires de recherche gouvernementaux,
tels que ceux du Conseil national de recherches, que par le biais d'organismes
qui subventionnent les travaux scientifiques réalisés dans les
universités, tels que le Conseil de recherches en sciences naturelles et
en génie du Canada (CRSNG) et le Conseil de
recherches médicales (CRM). Depuis plus d'une
dizaine d'années, un intérêt relativement vif se manifeste
pour le développement de la recherche scientifique, bien que les suites
de cet intérêt n'aient pas été à la hauteur
des espoirs qu'entretenaient les milieux scientifiques. En Ontario, on a mis
sur pied des projets par exemple le Fonds d'encouragement à la
recherche dans les universités (qui a été aboli) et les
centres d'excellence (projet qui se poursuit). Les discussions continuent au
sujet d'une politique provinciale des sciences et de la technologie. Au palier
fédéral, l'intérêt a été plus
marqué à l'égard d'une politique des sciences et de la
technologie. En outre, on a établi un Réseau de centres
d'excellence, programme qui devrait se poursuivre indéfiniment; dans le
cadre du budget de février 1997, on a annoncé la création
d'une Fondation canadienne pour l'innovation, en vue principalement de
l'aménagement de l'infrastructure scientifique dans les
universités et les hôpitaux de recherche.
La nécessité d'un équilibre entre les diverses
disciplines en ce qui touche l'appui à la recherche a suscité
l'établissement d'un Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH) au moment de l'instauration, dans les années 1970, du CRSNG et du CRM.
L'action des trois conseils a abouti à une amélioration en
profondeur de la portée et de la qualité de la recherche au
Canada. Ainsi que le montre le tableau 2, le CRSH a
distribué des montants moins élevés que les deux autres
organismes, ce qui reflète des prises de position quant aux coûts
relatifs de la recherche dans différentes disciplines mais aussi des
priorités politiques.
|
Tableau 2 Répartition en pourcentage des fonds de
recherche entre les trois conseils subventionnaires
fédéraux 1981-1985 et 1991-1995
|
1981-1985 (en pourcentage)
|
1991-1995 (en pourcentage)
|
| Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie
du Canada (CRSNG) |
59,6 |
58,3 |
| Conseil de recherches médicales (CRM) |
28,0 |
29,5 |
| Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH) |
12,4 |
12,2 |
| Total |
100,0 |
100,0 |
Source : Conseils
subventionnaires
|
|
Les chefs de file des milieux de la recherche ont été
nombreux à applaudir les signes récents d'un appui public plus
substantiel à la recherche scientifique. Parallèlement, on
s'inquiète de plus en plus de la mise à l'écart
injustifiée des sciences humaines. Une politique de la recherche ne
peut ni ne doit définir de façon précise en quoi consisterait un juste équilibre des activités de recherche entre les diverses disciplines. Mais elle devrait être sensible
à l'importance de ne pas sous-estimer certains secteurs primordiaux.
L'Ontario et le Canada doivent développer davantage leurs structures
distinctes comme cadres de la vie économique, sociale, culturelle et
politique de leur population, et la recherche sera d'une importance capitale
dans ce processus. La recherche en sciences humaines subit les contrecoups des
lourdes compressions imposées aux budgets des universités, qui
sont particulièrement importants pour le soutien de ce secteur, ainsi
que de l'opinion publique, qui est actuellement peu favorable à la mise
sur pied de nouvelles initiatives visant à rallier à la recherche
des appuis de l'extérieur. |
| Point de synthèse 5 : Il faut
maintenir un juste équilibre des activités de recherche dans les
divers domaines. L'accent qu'on a mis récemment sur l'aide à la
recherche scientifique et sur le transfert des technologies est une mesure
digne d'éloges. Mais on constate des signes inquiétants de
négligence à l'égard des humanités et des sciences
sociales. |
f) Méthode du concours et évaluation par les pairs des
demandes de subvention : deux garanties de la qualité de la
recherche
La recherche porte sur des idées et elle demande qu'on mette les
installations et le temps nécessaires à la disposition de
certaines personnes douées, créatives et à la fine pointe
de leur domaine. D'une importance décisive pour cette activité
est l'existence d'un processus ouvert et transparent d'évaluation
critique de ces idées. On obtient cette évaluation par la
présentation des idées aux étudiants et aux autres
chercheurs, par l'étude et l'évaluation des demandes de
subventions et par l'évaluation par les pairs des articles
présentés pour publication. La mise à l'épreuve des
idées par le biais de ces tribunes est extraordinairement important pour
le tri des idées que livre la recherche et pour conserver tout leur
dynamisme aux activités de recherche. Mettre les activités de
recherche à l'abri d'une évaluation critique ouverte que
cela se fasse dans les milieux de recherche protégés du
gouvernement, de l'industrie ou des universités mène
généralement à une baisse de qualité.
Cette transparence dans le partage et l'examen des résultats de
recherche subit parfois des contraintes. Les contrats de recherche entre les
universités et le secteur soit privé soit public peuvent stipuler
le respect du caractère confidentiel des données utilisées
et des résultats obtenus. Il incombe aux conseils de gestion des
universités de définir des principes directeurs explicites qui
posent des limites à ces exigences de confidentialité, afin que
les étudiantes et étudiants qui rédigent des thèses
en rapport avec ces contrats ne soient pas désavantagés mais que
le rôle et les responsabilités de l'université à
l'égard de la population ne soient pas compromis. En outre, les litiges
relatifs aux droits de propriété intellectuelle ont pris de
l'importance, car la recherche appliquée livre des résultats qui
donnent parfois lieu à des gains financiers substantiels.
|
| Point de synthèse 6 : Le
concours public et l'évaluation par les pairs sont des
caractéristiques de base d'un bon système d'attribution de l'aide
à la recherche et d'évaluation des résultats. On peut
avoir de bonnes raisons de modifier ces conditions dans certaines situations,
mais il incombe aux conseils de gestion des universités de
définir ces situations ainsi que toute dérogation
autorisée, afin de permettre aux universités de s'acquitter de
leur mandat, qui est de maximiser la diffusion du savoir. |
g) Différenciation des fonctions de recherche des
universités
Une politique de la recherche doit être sensible aux mandats
respectifs des universités. Certaines universités
privilégient la formation de la prochaine génération de
chercheurs par des programmes d'études doctorales; d'autres se
concentrent plutôt sur des programmes de premier cycle. Il y a des
universités qui mettent de l'avant une infrastructure coûteuse
destinée à la recherche en sciences naturelles, en sciences
appliquées et en sciences de la santé, tandis que d'autres font
plutôt valoir leurs atouts dans les sciences humaines. Cette
différenciation est souhaitable si l'on veut faire une utilisation plus
efficace des ressources et offrir aux étudiantes et étudiants un
large éventail de programmes d'excellent calibre.
On peut arriver à cette différenciation par deux voies.
Tout d'abord, la différentiation peut résulter d'une
planification centrale, assortie de règlements de mise en vre. Ainsi,
dans certains réseaux universitaires d'État aux
États-Unis, les établissements sont nettement regroupés
selon leur fonction et assujettis à la réglementation pertinente.
L'autre voie, que l'Ontario a suivie, laisse la différentiation
découler principalement du choix que font les établissements
parmi un vaste ensemble de mesures incitatives et dissuasives. Il n'y a pas
absence complète de réglementation; ainsi, le nombre des
écoles de médecine est restreint. Mais il n'existe pas de plan
directeur en matière de différenciation.
Cette deuxième voie semble avoir donné d'assez bons
résultats en Ontario. Certaines études postulaient un
défaut de différenciation ce même postulat semble
avoir présidé à l'instauration de la Commission
Bovey mais elles n'ont pas tardé à en découvrir un
degré étonnamment élevé. Une mesure de la
différenciation, le coefficient de recherche, fait l'objet du tableau 3.
Ce tableau donne des chiffres sur les recettes issues de la recherche
subventionnée en pourcentage du financement de base des
universités de l'Ontario.
|
Tableau 3 Recettes de la recherche
subventionnée en pourcentage du financement de base des
universités de l'Ontario en 1995-1996
| Université |
Pourcentage |
Université |
Pourcentage |
| McMaster |
52,9 |
Lakehead |
10,6 |
| Toronto |
47,9 |
IÉPO |
8,8 |
| Guelph |
42,1 |
Trent |
8,0 |
| Queen's |
28,8 |
Windsor |
7,3 |
| Waterloo |
26,6 |
York |
6,5 |
| Ottawa |
24,8 |
Brock |
4,0 |
| Western |
17,3 |
Wilfrid Laurier |
3,9 |
| Carleton |
14,9 |
Ryerson |
2,9 |
| Laurentienne |
13,0 |
Nipissing |
0,1 |
Source : COFO-UO, 1995-1996
|
|
Aucune mesure des coefficients de recherche n'est, à elle seule,
entièrement satisfaisante, et les données relatives aux recettes
issues de la recherche subventionnée peuvent ne pas être uniformes
d'un établissement à l'autre en raison de différences
quant aux unités incluses ou exclues, ainsi la façon dont est
traitée la recherche subventionnée se poursuivant dans les
hôpitaux d'enseignement associés à certaines
universités. Néanmoins, le tableau 3 indique que l'aide à
la recherche provenant de l'extérieur est un trait
prépondérant dans les universités ontariennes, tout comme
un degré élevé de différenciation entre les
universités touchant l'ampleur de cet appui.
Une autre dimension de la différenciation est le degré
auquel les diverses universités ont choisi de privilégier soit
les études supérieures et la formation des futurs chercheurs et
chercheuses, soit les études de premier cycle. Le tableau 4 renseigne
sur les effectifs au moyen du calcul largement répandu des
équivalents temps plein (ETP). On y retrouve l'importance relative des
effectifs du doctorat et des effectifs combinés de la maîtrise et
du doctorat. Fait qui n'a rien d'étonnant, si l'on songe à
l'importance des activités de recherche pour les études
supérieures, il y a une étroite corrélation entre les
tableaux 3 et 4 quant au classement des universités. Les données
sur le total des ETP font également entrevoir des différences de
taille entre les diverses universités ontariennes. On constate donc,
à cet égard aussi, que la différenciation a marqué
l'évolution des universités en Ontario.
|
Tableau 4 Pourcentage des effectifs (ETP) des cycles supérieurs dans les universités de l'Ontario, 1995-1996
| Université |
Doctorat (% ETP) |
Maîtrise et doctorat (% ETP) |
Total ETP |
| Toronto |
5,30 |
13,00 |
41 943 |
| Queen's |
4,14 |
11,86 |
14 574 |
| McMaster |
3,61 |
10,36 |
15 029 |
| Waterloo |
3,57 |
8,57 |
16 595 |
| Guelph |
3,54 |
10,22 |
12 089 |
| Ottawa |
3,26 |
12,62 |
18 926 |
| Carleton |
2,49 |
10,20 |
16 128 |
| Western |
2,37 |
8,60 |
24 298 |
| York |
2,02 |
7,22 |
30 581 |
| Windsor |
0,97 |
5,41 |
11 866 |
| Wilfrid Laurier |
0,47 |
8,77 |
6 684 |
| Brock |
0,00 |
5,98 |
8 129 |
| Lakehead |
0,00 |
3,22 |
6 479 |
| Laurentienne |
0,00 |
1,90 |
6 082 |
| Trent |
0,00 |
1,82 |
4 656 |
| Nipissing |
0,00 |
1,59 |
2 098 |
| Ryerson |
0,00 |
0,00 |
15 300 |
Source : Ministère
de l'Éducation et de la Formation
|
|
Il faut s'opposer fermement à la tendance qu'on a, dans certains
milieux, à attribuer une valeur sociale et un certain prestige au
classement dégagé par ces tableaux. Toutes les universités
devraient présenter une certaine part d'activités de recherche,
ainsi que nous l'avons énoncé ci-dessus. Il reste qu'une nette
valeur sociale se rattache aussi au fait qu'une partie des universités
insistent davantage sur les études de premier cycle, que certaines
répondent aux besoins régionaux en dispensant une gamme
appropriée de programmes de premier cycle dans les grandes zones peu
peuplées de la province, telles que le Nord, et que d'autres se
spécialisent dans les programmes d'études destinés aux
francophones et aux autochtones. La qualité du réseau
universitaire est fonction de l'excellence dans la diversité des points
forts respectifs des universités ontariennes.
Comme nous l'avons constaté plus tôt, en Ontario la
différenciation découle principalement du choix effectué
par les divers établissements à partir d'un tableau
stratégique composé de mesures incitatives et dissuasives
établies par le gouvernement. Pourtant, lors de certaines prises de
décisions, on gagnerait à faire appel aux lumières d'un
organe intermédiaire de calibre, crédible et autonome par rapport
au gouvernement aussi bien qu'aux universités. (C'est le genre d'organe
que proposait le Comité consultatif sur l'orientation future de
l'éducation postsecondaire.) Des analyses impartiales de la structure
des établissements postsecondaires de l'Ontario aideront à
déterminer s'il serait indiqué d'apporter aux
établissements de certains secteurs des changements plus importants,
ainsi relativement à la taille du corps enseignant dans un domaine
particulier de formation professionnelle. Un organe intermédiaire
formé de membres triés sur le volet pourrait faciliter cette
analyse et les ajustements jugés nécessaires.
|
| Point de synthèse 7 : Une
différenciation marquée s'est fait jour entre les
universités ontariennes du point de vue de l'intensité des
activités de recherche et de l'insistance sur la formation des futurs
chercheurs et chercheuses. Il faut résister à la tendance
d'assigner un rang de prestige aux diverses mesures et cotes d'intensité de la recherche, surtout si l'on tient compte des grandes fonctions d'un système universitaire digne du nom. Il semble opportun de poursuivre dans la voie adoptée par l'Ontario à l'égard d'une différenciation qui est principalement fonction du choix des établissements à partir d'un tableau stratégique de moyens incitatifs. Mais retenons qu'un organe consultatif, du type préconisé par le Comité consultatif sur l'orientation future de l'éducation postsecondaire, serait d'une aide précieuse pour effectuer certains ajustements institutionnels difficiles à entreprendre lorsque les universités sont laissées à elles-mêmes. |
h) Rapport entre la capacité de recherche et les subventions au
fonctionnement de base
On ne peut traiter d'une politique de la recherche sans aborder la
situation du financement de base des universités. Ce financement a une
incidence prépondérante sur la capacité de recherche, car
il est la condition de la nomination à long terme de
chercheurs-enseignants et du maintien d'un milieu propice à
l'apprentissage et à la recherche.
Le Comité consultatif sur l'orientation future de
l'éducation postsecondaire a constaté que le niveau des
subventions provinciales à ce titre en Ontario avait chuté par
rapport à celui d'autres provinces du Canada et des principaux
réseaux publics d'universités aux États-Unis. Ce
phénomène a eu des effets néfastes pour la qualité
de la recherche et de l'enseignement supérieur. Les faits attestent de
plus en plus l'incapacité des universités ontariennes de
l'emporter sur d'autres lors du recrutement de chercheurs-enseignants
d'élite. |
| Point de synthèse 8 : Parce
que le financement du fonctionnement de base est le facteur déterminant
capital pour la capacité de recherche des universités, la
politique de la recherche doit examiner le degré de suffisance de ce
financement. Le Comité consultatif sur l'orientation future de
l'éducation postsecondaire a conclu dans son rapport à une grave
insuffisance de ce financement en Ontario, lacune qui ressort
particulièrement à la comparaison avec d'autres Provinces ou
États du Canada et des États-Unis, et que met aussi en
évidence l'examen de nombreux cas où des universités
ontariennes ont été incapables de l'emporter sur des
universités de l'extérieur pour le recrutement et la
rétention de chercheurs-enseignants d'élite. |
i) Besoins sur le plan de l'infrastructure
Les exigences de la recherche sur le plan humain et sur le plan
matériel varient certes considérablement selon la nature des
projets de recherche en cause; mais l'affaiblissement général de
cette infrastructure a, ces dernières années, été
cause de graves préoccupations en Ontario, de même que, de
façon plus large, au Canada. À témoin de cette
préoccupation à l'échelon national, citons l'annonce, dans
le cadre du budget fédéral de février, de la
création d'une Fondation canadienne pour l'innovation (FCI) à
l'aide d'un investissement initial de 800 millions de dollars. Le produit
comptabilisé de cette somme devrait représenter une autre tranche
de 160 millions de dollars et, avec un taux moyen de financement de
contrepartie de 60 % environ de sources provinciales et
privées, la Fondation aura les moyens d'injecter, d'ici six ou sept ans,
quelque 2,4 milliards de dollars au chapitre de l'infrastructure des
universités, collèges et hôpitaux de recherche.
Le financement fédéral va à l'infrastructure
matérielle plutôt qu'aux ressources humaines, et il
privilégie les sciences naturelles, les sciences appliquées et
les sciences médicales. Les provinces prennent différentes
mesures pour aider leurs établissements à
bénéficier de ce financement de l'infrastructure.
En Ontario, le budget du 6 mai renfermait un certain nombre de mesures
pertinentes et importantes. On y proposait la création d'un Fonds
d'encouragement à la recherche-développement (FERD) de 3
milliards de dollars, auquel le gouvernement provincial devrait octroyer 50
millions de dollars par an pendant dix ans, soit au total 0,5 milliard de
dollars. Pendant cette période de dix ans, la formule de contrepartie
exigerait l'apport de 1,0 milliard de dollars par les universités et
autres établissements de recherche, l'investissement de 1,0 milliard de
dollars par le secteur privé et la contribution de 0,5 milliard de
dollars d'autres participants, dont la Fondation canadienne pour l'innovation
et les conseils subventionnaires fédéraux. Au même moment,
on a annoncé l'instauration d'un crédit d'impôt de
l'Ontario pour les entreprises parrainant les instituts de recherche, qui offre
un crédit d'impôt remboursable de 20 % aux
entreprises commanditaires de travaux de recherche-développement
admissibles et réalisés en Ontario dans les universités,
hôpitaux de recherche et autres centres de recherche sans but
lucratif.
La formule annoncée dans le cadre du budget de l'Ontario fixe un
ratio élevé au jumelage des fonds non gouvernementaux et
gouvernementaux. Bien que ce financement vise plutôt des secteurs
scientifiques, cette tendance semble moins prononcée que dans le cas de
la FCI. Également, cette formule donne plus d'importance à
l'infrastructure humaine que celle de la FCI et elle définit des
critères plus larges pour l'admissibilité des
établissements de recherche. Ces deux initiatives, l'une
fédérale et l'autre provinciale, demandent l'établissement
de conseils pour l'administration des programmes, et l'interprétation
que ces derniers feront des politiques sera de la plus haute importance.
L'annonce de l'instauration de la Fondation canadienne pour l'innovation
(FCI) a été bien accueillie dans les milieux de la recherche.
Beaucoup d'éléments restent à préciser, dont les
modalités de mise en vre et la réaction des provinces, du
secteur privé et des universités.
De façon analogue, l'annonce par le gouvernement de l'Ontario de
la création d'un Fonds d'encouragement à la
recherche-développement (FERD) a paru de bon augure aux milieux de la
recherche, bien que d'importants détails restent à
définir. En comparaison avec l'initiative fédérale, celle
de l'Ontario semble favoriser l'aménagement d'une infrastructure humaine
aussi bien que matérielle et embrasser un plus grand nombre de
disciplines. Néanmoins, le ratio élevé de la formule au
titre des fonds de contrepartie à la mise provinciale posera un
défi de taille.
La FCI vient donner de l'ampleur au procédé, en grande
vogue depuis quelque temps, du partenariat avec le secteur privé, tout
comme d'ailleurs le FERD. Mais il restera sans doute très difficile de
rallier l'appui du secteur privé à de grands projets
d'infrastructure qui auront certes des retombées
bénéfiques pour la recherche en général, mais sans
laisser entrevoir de grandes possibilités de gains pour
l'entreprise.
En outre, il ne sera pas facile pour les universités de se liguer
en vue de la réalisation de projets porteurs de notables avantages pour
les divers groupes collectivement, mais que les établissements pris
individuellement pourraient ne pas trouver dans leur intérêt de
promouvoir. À cet égard, il y aurait le problème de la
concertation des intéressés et aussi celui de trouver une
instance qui se rendrait responsable de l'investissement collectif et de
l'aboutissement du projet. Les universités ont de tout temps mieux
réussi leurs initiatives individuelles que collectives. Il se peut que
le Conseil des universités de l'Ontario ait un rôle plus actif
à jouer dans la promotion de ce genre d'investissements à
l'échelon du réseau. |
| Point de synthèse 9 : Il
faudra consentir des efforts soutenus pour étoffer et consolider
l'infrastructure de la recherche, sur le plan des ressources humaines aussi
bien que des installations matérielles. Deux initiatives
annoncées récemment devraient aller en ce sens, mais il faudra
être vigilant dans leur suivi. Il s'agit de la création,
annoncée dans le cadre du budget fédéral de février
1997, d'une Fondation canadienne pour l'innovation, qui a pour objet le soutien
de l'infrastructure de la recherche. De plus, il y a eu l'annonce, dans le
cadre du budget provincial de mai 1997, de l'instauration d'un Fonds
d'encouragement à la recherche-développement et d'un
crédit d'impôt de l'Ontario pour les entreprises parrainant les
instituts de recherche. Collectivement, ces initiatives fédérale
et provinciales représentent des moyens d'améliorer
l'infrastructure de la recherche, grâce au jumelage de fonds provenant du
secteur public fédéral et provincial, du secteur privé et
des universités. |
j) Financement des frais généraux
En rapport avec le problème d'un appui approprié à
l'infrastructure, il y a le problème du financement des frais
généraux des projets de recherche subventionnés par les
gouvernements et le secteur privé.
La facturation des frais généraux dans le cadre des
contrats de recherche entre les universités et l'industrie ou les
ministères gouvernementaux a jusqu'ici été la façon
la plus simple de procéder, en principe mais pas toujours en pratique.
On accepte généralement la facturation de ces frais comme faisant
partie des contrats, pour que les universités ne soient par
forcées d'assurer le financement de ces projets à même leur
budget de fonctionnement. C'est l'uniformité d'application de ce
principe qui fait problème, car de puissants incitatifs mènent
parfois à le contourner. Toute politique provinciale de la recherche se
doit de réaffirmer énergiquement ce principe et de prévoir
les mesures nécessaires pour en assurer le respect intégral par
les ministères.
Plus malaisée encore à résoudre est la question des
frais généraux relatifs aux fonds octroyés par les
conseils subventionnaires fédéraux sur évaluation par les
pairs (et à d'autres fonds de recherche approuvées par les
pairs). À l'heure actuelle, on considère appropriée une
proportion moyenne de 40 % au titre des frais
généraux, mais ce chiffre ne comprend pas certains postes tels
que les salaires des chercheuses et chercheurs principaux. Les conseils
subventionnaires ont cependant pour règle de ne pas payer les frais
généraux. On justifie parfois cette position en invoquant que ces
frais sont compris dans les transferts fédéraux aux provinces au
titre de l'éducation postsecondaire, argument dont la pertinence est
aujourd'hui plus faible, par suite de modifications récentes ayant
abouti à des transferts sociaux d'ordre plus global. La plupart des
observateurs de la politique canadienne de la recherche s'accordent pour
souligner l'effet déformant de cette lacune du financement des
coûts de recherche; mais ils ont maintenant la ferme conviction que le
gouvernement fédéral ne modifiera pas sa politique pour
intégrer les frais fixes aux subventions des conseils. La question est
donc maintenant de savoir si les gouvernements provinciaux fourniront de l'aide
sur ce point, afin de pousser les universités à revendiquer leur
juste part des fonds de recherche fédéraux et afin
d'atténuer l'effet déformant de cette défaillance sur le
fonctionnement des universités.
En 1986, l'Ontario réservait aux frais généraux/de
l'infrastructure de la recherche une enveloppe (EFGIR)
de 25 millions de dollars, somme répartie selon la part revenant
à chaque université des fonds octroyés par les conseils
subventionnaires fédéraux. En 1996, ce budget avait
été ramené à quelque 23 millions de dollars, mais,
en avril 1997, une augmentation le portait à environ 27 millions de
dollars. Le rapport du Comité consultatif sur l'orientation future de
l'éducation postsecondaire avance que ce niveau d'aide est cruellement
insuffisant et que les besoins exigeraient plutôt des ressources de
l'ordre de 77 millions de dollars. Le Comité souligne par ailleurs
l'urgence d'une forte augmentation des transferts de base du gouvernement,
aussi y a-t-il des raisons de se demander si l'étoffement de l'EFGIR ne se fera pas aux dépens des transferts de base.
Parallèlement, l'annonce de la création de la Fondation
canadienne pour l'innovation est venue rappeler une nouvelle fois le besoin
pour les universités ontariennes d'avoir accès à un
supplément de subventions au titre de l'infrastructure pour
répondre aux exigences du programme fédéral, somme qui
sera du même ordre que le chiffre proposé par le Comité
comme bonification de l'EFGIR. |
| Point de synthèse 10 : Le
financement de la recherche universitaire subventionnée de
l'extérieur devrait normalement comprendre les frais
généraux. Dans le cas des conseils subventionnaires
fédéraux, il en a été autrement, et cette situation
devrait se poursuivre à court terme. Pour atténuer l'effet
déformant de cet état de choses et à titre de mesure
incitative, afin que l'Ontario revendique sa juste part des fonds
fédéraux, il faudrait accorder un supplément de
financement au titre des frais généraux, soit des sommes plus
élevées qu'actuellement, mais toujours par voie de concours et en
fonction de l'évaluation par les pairs. L'érosion actuelle du
financement de base des universités rend d'autant plus pressant la
nécessité d'un supplément de fonds par opposition à
une réaffectation des fonds. |
k) Lien entre recherche et études supérieures
Les efforts déployés pour renforcer les atouts des
universités ontariennes en matière de recherche ne manqueront pas
de soulever des interrogations sur les conséquences de cette
démarche pour la qualité de l'enseignement. Le débat
persiste autour du rapport qui lie recherche et enseignement au sein des
universités. Ces questions sont complexes, mais il semble que les faits
permettent de tirer les conclusions suivantes :
- compte tenu des écarts qui existent sur le plan des aptitudes
et compétences pédagogiques, il n'est pas étonnant que
certains chercheurs et chercheuses de marque voient leur enseignement mal
coté par leur public étudiant et que certains professeurs et
professeures dont l'enseignement est bien coté produisent des travaux de
recherche médiocres;
- l'importance du rapport entre recherche et enseignement
dépend en partie du type de programmes d'études. Au niveau
universitaire, tous les professeurs et professeures devraient participer
à une certaine forme de recherche de type
intégration-interprétation, ne serait-ce que pour être en
mesure de comprendre dans ses grandes lignes l'évolution des
connaissances dans leur domaine et d'en communiquer la teneur. Aux cycles
supérieurs, en particulier aux niveaux de la maîtrise et du
doctorat, les professeures et professeurs doivent réaliser une certaine
part de recherche fondamentale ou appliquée aussi bien qu'une recherche
de type intégration-interprétation, puisqu'ils travaillent
à la formation d'étudiantes et d'étudiants qui apprennent
à effectuer ces modes de recherche;
- le lien entre recherche et enseignement n'est pas univoque. Nombre
de chercheuses et chercheurs émérites soulignent que leurs
recherches sont considérablement stimulées par l'enseignement,
car les questions posées par les étudiantes et étudiants
mènent à repenser les principes de base;
- la transmission de connaissances nouvelles par les
universités à l'industrie et, de façon plus
générale, à la collectivité se fait dans une
très grande mesure par le truchement des diplômés et des
connaissances qu'ils ont assimilées. Il est donc de la plus haute
importance pour l'industrie et la collectivité que les étudiantes
et étudiants aient travaillé avec des universitaires qui sont
à la fine pointe de l'évolution des connaissances et qui, de
concert avec leurs étudiants, auront disposé de tous les
équipements modernes nécessaires pour comprendre à fond
cette évolution.
Ce lien éclaire sous un autre angle le bien-fondé de la
différenciation entre les universités dont nous avons
traité ci-dessus, à la sous-section g). Le lien entre la
recherche et les études supérieures est plus ou moins
étroit selon l'établissement, parce que certains types de
recherche et d'études supérieures demandent des immobilisations
considérables sous forme d'équipements et d'autres installations.
Les restrictions posées au niveau global des ressources exigent qu'on
évite le dédoublement de ces immobilisations. Un autre facteur de
ressources limitées est la chercheuse ou le chercheur de calibre
exceptionnel : c'est là un élément rare et
précieux, dont il ne doit pas y avoir dédoublement non plus.
Certaines universités se développent donc au moyen d'importantes
immobilisations dans une infrastructure de recherche onéreuse et les
études supérieures qui vont de pair. Cette différenciation
ne signifie pas que d'autres universités, qui affichent un niveau
moindre de ces immobilisations, dégagent un produit de moindre valeur
sur le plan des études supérieures; en fait, les recherches qui y
sont menées dans des domaines différents peuvent être d'un
apport équivalent ou supérieur. La recherche de type
intégration-interprétation devrait être mise en valeur dans
toutes les universités, et le financement des universités devrait
refléter cette priorité et favoriser son implantation.
|
| Point de synthèse 11 : Le lien
entre recherche et enseignement est complexe et diffère selon le type
d'études supérieures qui est en cause. Si ce lien est bien
compris, une politique de la recherche peut influer de façon positive
sur la qualité de l'enseignement supérieur. |
l) Lien entre la recherche, les universités et les
échanges internationaux
Grâce aux échanges d'étudiants, de professeurs et
d'idées, les universités aident à la liaison entre les
régions et les pays. Une politique de la recherche peut favoriser cette
liaison et accroître la compréhension des résultats de
recherche dans d'autres parties du monde. Cette compréhension
dépend non seulement de la transmission des idées par la
publication ou la diffusion électronique, mais, en outre, des
échanges qui ont lieu entre les professeurs et les étudiants des
cycles supérieurs. C'est ainsi que les résultats de recherche
obtenus au Canada arrivent à la diffusion internationale par
différents moyens.
Ces échanges mènent à établir des normes
internationales de qualité qui, à leur tour, sont importantes
pour déterminer la valeur des travaux de recherche.
|
| Point de synthèse 12 : Une
politique de la recherche doit se fonder non pas sur un protectionnisme
territorial des activités de recherche, mais, au contraire, sur
l'ouverture à l'échange international des idées et des
chercheurs et sur l'adoption de normes de qualité définies dans
l'arène internationale. |
|
Après cette revue de douze traits caractéristiques d'une
politique de la recherche, nous passons maintenant à l'examen de
certaines politiques qui ont actuellement une grande importance pour la
recherche.
II. Politiques actuelles aux paliers
provincial et fédéral
Dans cette section, nous examinons certains traits des politiques
provinciales et fédérales qui ont une incidence pour le
développement de la recherche dans les universités de l'Ontario.
À la section suivante, nous envisagerons des moyens de mesurer le
rendement de la recherche, ainsi que les lacunes et les chevauchements qui
entravent la réalisation des objectifs d'une politique de la
recherche.
a) Rôle du ministère de l'Éducation et de la
Formation
Au sein de la large gamme des politiques publiques qui ont une incidence
sur le rendement de la recherche dans les universités de l'Ontario, ce
sont les politiques adoptées par le ministère de
l'Éducation et de la Formation qui ont le plus de poids. En 1996-1997,
le ministère a consacré quelque 1,5 milliard de dollars aux
subventions de fonctionnement octroyées aux universités;
c'était là une baisse par rapport au sommet, atteint en
1992-1993, de quelque 2 milliards de dollars. Ces subventions, de même
que les recettes tirées des droits de scolarité, servent au
soutien tant de l'enseignement que de la recherche. Le ministère
administre également des fonds d'immobilisation destinés aux
rénovations et aux nouvelles constructions. Il est responsable de l'aide
provinciale offerte aux étudiantes et étudiants des cycles
supérieurs, de même que de l'aide aux étudiantes et
étudiants du premier cycle. Le ministère veille par ailleurs au
respect des procédures appropriées d'obligation
redditionnelle.
Dans l'accomplissement de son mandat, le ministère n'a pas dans
le passé obéi à une approche fortement
réglementaire ou interventionniste. En effet, les universités ont
été constituées en personnes morales en vertu de lois
distinctes, qui leur accordent un degré élevé d'autonomie.
Aujourd'hui, même si les exigences en matière de rapports devant
être présentés au gouvernement ont été
resserrées et que des mesures gouvernementales, stipulant par exemple
certaines formes de base de structures de régie, ont été
prises, les universités conservent l'essentiel de leurs
prérogatives touchant la détermination des priorités en
matière d'enseignement et de recherche. Les examens périodiques
de la politique de l'enseignement postsecondaire en Ontario ont
entériné cette orientation générale.
Étant donné le contexte, si l'on veut confier au
ministère un rôle plus actif dans l'avancement des objectifs d'une
politique de la recherche, il faudra envisager certains changements
organisationnels. Le ministère est un organisme de très grande
envergure, qui englobe tous les établissements d'enseignement de
l'élémentaire au postsecondaire. Les études
supérieures et la recherche risquent donc, dans cette optique, de ne pas
recevoir toute l'attention qui leur revient. La présente unité de
l'enseignement postsecondaire pourrait détenir un mandat plus net et
plus étoffé à l'égard d'une politique de la
recherche ou encore, on pourrait, à l'exemple de l'Alberta, instituer un
ministère distinct aux fins des études supérieures et de
la recherche. |
| Point de synthèse 13 :
Étant donné l'importance capitale qu'il revêt pour la
capacité d'enseignement et de recherche des établissements
postsecondaires, le ministère de l'Éducation et de la Formation
sera une instance clé dans l'élaboration d'une politique de la
recherche. Des changements organisationnels démontrant qu'on attache une
priorité publique plus nette aux études supérieures et
à la recherche méritent dêtre
étudiés. |
b) Rôle de certains autres ministères ontariens
D'autres ministères ontariens sont responsables
d'activités de recherche qui ont des rapports avec une politique de la
recherche :
- Le ministère du Développement économique,
du Commerce et du Tourisme a joué un rôle majeur dans
l'évolution du programme des centres d'excellence de l'Ontario, qui
rassemble des groupes de chercheurs de diverses universités dans le
cadre d'un partenariat avec l'industrie et qui a été
précurseur du programme analogue du gouvernement fédéral
intitulé Réseaux de centres d'excellence. Les deux programmes ont
été reconduits, à la suite d'examens extrêmement
positifs. Le ministère travaille aussi à l'élaboration
d'une politique des sciences et de la technologie pour l'Ontario qui, à
l'heure actuelle, est en cours d'élaboration; de plus, on a
demandé à ce ministère de collaborer avec le
ministère de l'Éducation et de la Formation pour la mise en
vre du nouveau Fonds d'encouragement à la
recherche-développement.
- Le ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des
Affaires rurales parraine depuis longtemps un programme de recherche en
agriculture, en étroite concertation avec l'Université de Guelph.
Ce lien s'est encore resserré en 1997, avec l'installation à
l'Université de Guelph de l'entier des opérations de recherche du
ministère (comportant l'administration de quelque 54 millions de
dollars).
- Le ministère de la Santé dispose d'un
fonds de recherche d'environ 34 millions de dollars, dont la plus grande partie
est consacrée à des travaux menés dans les
universités et les hôpitaux d'enseignement. Récemment, le
financement a plutôt favorisé la recherche sur la prestation des
services de santé. On soulève à l'occasion la perspective
que l'Ontario, à l'instar d'autres provinces, établisse un
conseil de la recherche en santé. Étant donné la
concentration de la recherche en ce domaine dans un nombre restreint
d'universités et d'hôpitaux ainsi que les sources spéciales
de financement par voie de dons, il serait sans doute avantageux de
procéder à un nouvel examen de cette possibilité.
- D'autres ministères ont parrainé des travaux de
recherche dans de nombreux secteurs, notamment les suivants :
Environnement et Énergie; Transports; Services sociaux et
communautaires; Richesses naturelles; Développement du Nord et Mines.
Les compressions récentes effectuées dans le secteur
public de l'Ontario ont entraîné une réduction des
crédits de recherche et des effectifs des ministères, mais on n'a
pas réglé les problèmes relatifs à une coordination
appropriée des activités de recherche. L'examen de la politique
du gouvernement à l'égard de la recherche qui se fait dans ses
propres ministères devrait comprendre les questions suivantes :
- y a-t-il lieu d'envisager une politique mieux coordonnée et
plus centralisée à l'égard de la recherche qui se fait
dans les ministères de l'Ontario? Si c'est le cas, l'élaboration
de cette politique devrait-elle être confiée à un
ministère responsable ou à un organisme central?
- devrait-on, de façon générale, accorder une
plus grande importance à la recherche dans de nombreux secteurs des
ministères?
- en principe, les ministères devraient-ils insister sur un
concours ouvert pour l'attribution externe des fonds de recherche et essayer
d'affecter de l'extérieur les activités de recherche à un
ministère?
- même s'il y a eu entente sur le paiement des frais
généraux afférents aux contrats de recherche conclus par
les ministères et les universités, y aurait-il des
mécanismes plus efficaces pour assurer le respect de cette politique?
- l'objectif général d'amélioration du rendement
de l'Ontario en matière de recherche demande-t-il de modifier la
filière de transmission des recommandations au Conseil des ministres?
|
| Point de synthèse 14 : Si l'on
veut mettre de l'avant une politique de la recherche, il serait important
d'examiner les politiques du gouvernement provincial concernant ses propres
ministères. L'examen devrait porter, entre autres, sur les volets
suivants : meilleure concertation des ministères au chapitre des
activités de recherche; recours accru des ministères au
système d'attribution externe des contrats de recherche; adhésion
plus étroite au principe établi qui veut que les contrats de
recherche incluent le paiement des frais généraux
afférents. En outre, une politique de la recherche plus articulée
appelle l'établissement d'une meilleure filière de transmission
au Conseil des ministres des recommandations concernant la
recherche. |
c) Intérêts de la province et politiques
fédérales
Les dispositions constitutionnelles propres au Canada imputent au palier
provincial la responsabilité des politiques à l'égard du
système d'éducation postsecondaire, mais les politiques
fédérales ont influé sur le développement des
universités, et ce, par quatre mécanismes. Tout d'abord, le
gouvernement fédéral a procédé à un
transfert de fonds ou transfert de points d'impôt aux provinces pour les
aider dans l'exécution de programmes, en santé et en
éducation postsecondaire par exemple. Les provinces ont affirmé
leur droit de déterminer l'affectation de ces fonds et, avec le temps,
le montant des transferts a diminué et les conditions de leur
affectations sont devenues moins précises. En deuxième lieu, le
gouvernement fédéral s'est intéressé à
l'aide aux étudiants et, dans le cadre du Programme canadien de
prêts aux étudiants, offre un appui qui est complémentaire
des plans provinciaux, notamment du Régime d'aide financière aux
étudiantes et étudiants de l'Ontario. En troisième lieu,
les dispositions constitutionnelles n'excluent pas le gouvernement
fédéral des politiques de la recherche et, depuis 1916, date
d'établissement du Conseil national de recherches, le gouvernement
fédéral s'est occupé activement des politiques nationales
de la recherche, ce qui a eu une incidence sur les universités. En
quatrième lieu, les activités de recherche des divers
ministères et organismes fédéraux ont constitué une
source substantielle de financement pour la recherche.
Il importe, pour la conception d'une politique provinciale de la
recherche, de déterminer le degré auquel cette politique devrait
tenir compte des politiques fédérales en la matière. Dans
les milieux de la recherche, on est actuellement d'avis que l'Ontario s'est peu
intéressé à l'harmonisation de ses stratégies avec
les politiques fédérales, tandis que, dans d'autres provinces,
notamment au Québec et en Alberta, l'intérêt a
été plus vif à cet égard. De plus, on
suggère que la carence de rapports entre l'Ontario et le gouvernement
fédéral est une des raisons pour lesquelles l'Ontario n'a pas
très bien réussi, ces dernières années, à
obtenir des fonds de recherche fédéraux.
Quelles que soient les réalités qui sous-tendent cette
perception, il semble que l'Ontario devrait s'efforcer de mieux
représenter ses intérêts en recherche au plan national et
même de jouer un rôle de chef de file en ce qui concerne les
projets de recherche au Canada. À l'heure actuelle, on ne sait pas
exactement quelles personnes ou organisations devraient prendre l'initiative de
promouvoir au palier national les intérêts en recherche de
l'Ontario. |
| Point de synthèse 15 : En
Ontario, l'établissement d'une politique de la recherche doit englober
des stratégies harmonisées avec les politiques nationales
à ce chapitre. À l'heure actuelle, on a des raisons de croire que
l'Ontario n'est pas aussi bien organisé que d'autres provinces pour la
promotion de ses rapports avec le fédéral, ce qui prive les
établissements de recherche d'un avantage concurrentiel. |
d) Programmes fédéraux d'une importance
particulière pour la politique de la recherche
À cause de la portée très large des
retombées de la recherche, particulièrement de la recherche
fondamentale, on s'attendrait à ce que le degré
d'appréciation de son importance soit plus sensible au palier
supérieur du gouvernement. Pour cette raison, on avance parfois que le
gouvernement fédéral devrait se concentrer sur l'aide à la
recherche fondamentale. En fait, son action a influé sur la recherche
tant fondamentale qu'appliquée, avec récemment, comme nous
l'avons noté ci-dessus, une insistance sur l'aide à la recherche
axée sur les applications. Les programmes fédéraux d'une
importance particulière pour les activités de recherche dans la
province sont les suivants :
- Les conseils subventionnaires fédéraux
CRM, CRSNG et CRSH : ces organismes jouissent d'un niveau
très élevé d'importance et de crédibilité
dans les milieux de la recherche; ils se sont dotés de méthodes
tout à fait respectées d'évaluation des demandes de fonds
de recherche; il y va des intérêts de l'Ontario en recherche que
ces conseils soient financièrement fortifiés et que les
universités ontariennes soient incitées à demander et
à obtenir une juste part des fonds.
- La Fondation canadienne pour l'innovation :
ainsi que nous l'avons déjà relevé, ce programme
d'aménagement de l'infrastructure de la recherche scientifique dans les
collèges, universités et hôpitaux de recherche a
été annoncé dans le cadre du budget fédéral,
en février 1997. Voilà une excellente occasion pour l'Ontario de
prendre les moyens de remédier aux lacunes graves de cette
infrastructure dans la province et d'adopter des politiques
complémentaires qui pourraient étendre le programme aux
ressources humaines aussi bien que matérielles, ainsi qu'à des
secteurs importants des sciences humaines qui réclament de façon
pressante une meilleure infrastructure.
- La politique nationale en matière de sciences et de
technologie : cette politique fédérale est
actuellement soumise à une révision. À certains
égards, elle semble avoir été affaiblie par une
transparence moindre de ses processus de rapports et des liens plus
lâches avec le palier supérieur des processus décisionnels
gouvernementaux. L'intérêt de longue date de l'Ontario pour ce
secteur doit être précisé et harmonisé avec les
tendances de la politique fédérale.
|
| Point de synthèse 16 : En
recherche, les stratégies provinciales devraient être
complémentaires des politiques fédérales, afin de
favoriser l'accès de l'Ontario aux importantes ressources
fédérales à cet égard. |
III. Évaluation du rendement; moyens de
combler les lacunes et de suprimer les chevauchements
Dans cette dernière section, nous nous penchons sur certains
problèmes de mesure du rendement en recherche et sur certains moyens de
combler les lacunes des politiques en matière de recherche et de
supprimer les chevauchements.
a) Mesure globale du rendement d'ensemble de la recherche
Comme nous l'avons déjà relevé, la recherche peut
être mesurée à partir des intrants (facteurs de base) des
activités de recherche, de leurs extrants (résultats) et de leurs
retombées. Même s'il reste beaucoup à faire pour
améliorer la qualité des données relatives à ces
aspects, la mesure des intrants ou dépenses en vue de l'examen du
rendement comparé des provinces permet déjà de tirer deux
conclusions :
- L'Ontario est à la tête des provinces sur le plan de la
recherche universitaire. Ainsi, en 1994-1995 :
- l'Ontario a remporté 36 % du total des
subventions octroyées par les trois conseils
fédéraux soit le pourcentage provincial le plus
élevé;
- si l'on prend pour base du calcul l'ensemble de la recherche
subventionnée, le pourcentage qui revient à l'Ontario
40 % est aussi le plus élevé de toutes les
provinces;
- selon diverses mesures en la matière, 10
universités canadiennes s'imposent comme chefs de file quant au
rendement de la recherche et 5 de ces établissements se retrouvent en
Ontario;
- Cette position de tête a toutefois subi des glissements ces
dernières années. Ainsi :
- la part ontarienne des subventions octroyées par les trois
conseils fédéraux a chuté : de 42 %
environ au début des années 1980, ce pourcentage n'était
plus que de 36 % environ au début des années 1990;
- selon le bilan de consultations poussées, les
universités ontariennes ont plus de difficulté qu'auparavant
à attirer et à retenir les chercheurs d'élite, et cette
détérioration de leur position concurrentielle ressort à
la comparaison avec d'autres provinces canadiennes aussi bien qu'avec d'autres pays.
|
| Point de synthèse 17 :
L'Ontario est en tête des provinces canadiennes sur le plan de la
recherche universitaire. Cette position a cependant connu un glissement ces
dernières années. |
b) Utilisation d'indicateurs de rendement pour l'évaluation des
points forts en matière de recherche, pour l'ensemble du réseau
et pour chaque établissement
Comme la mesure directe du rendement de la recherche est difficile, on
utilise souvent des indicateurs indirects. Ces indicateurs peuvent être
regroupés selon trois types :
- Indicateurs d'intrants : ces indicateurs emploient des
données sur les intrants des activités de recherche, dont le
niveau de financement, le montant des immobilisations en équipement, le
nombre et la réputation des chercheurs. Ces indicateurs ne sont pas
complets, puisqu'ils ne renseignent aucunement sur la valeur des
résultats des activités de recherche.
- Indicateurs d'extrants : ces indicateurs tentent de mesurer les
résultats des activités de recherche au moyen de données
telles que le nombre de publications (ou le nombre de publications
jugées excellentes par les pairs), le nombre de fois que les
publications de recherche sont citées dans d'autres publications, le
nombre de brevets octroyés à la suite de recherches scientifiques
appliquées et le nombre de doctorats décernés (comme
mesure des résultats de la fonction de formation à la recherche).
Ces indicateurs ne sont pas complets en eux-mêmes. Ils ne fournissent pas
l'appréciation intégrale de la valeur des résultats, mais,
lorsqu'on utilise des mesures tenant compte de l'opinion des pairs, on obtient
une indication de la valeur de ces résultats sur le plan du savoir.
- Indicateurs de retombées : ces indicateurs des
répercussions de la recherche peuvent pallier certaines lacunes des
indicateurs d'intrants et d'extrants, mais il est extrêmement difficile
d'en faire des mesures quantitatives. Dans ce secteur, on continue à se
fier en bonne partie aux études de cas sur les effets de la recherche
et, si intéressante que soit cette approche, elle ne se prête
facilement ni à l'agrégation ni à la comparaison.
Il faudra des travaux plus poussés sur divers types
d'indicateurs, à partir de données de meilleure qualité et
d'une analyse en profondeur. Pourtant, ces problèmes de mesure
signifient qu'aucun type d'indicateurs de rendement ne peut, à lui seul,
donner satisfaction. La recherche, de nature fondamentale tout
particulièrement, a des retombées indirectes,
imprévisibles et à très long terme qui rendent douteuse
toute mesure quantitative simple du rendement. Néanmoins, la recherche
de meilleurs indicateurs de rendement se poursuivra sans doute, en
réponse à la nécessité croissante de justifier
l'attribution de fonds de recherche limités et fort prisés.
|
| Point de synthèse 18 : Des
indicateurs du rendement de la recherche peuvent être tirés de
trois sources : intrants ou composantes des activités de recherche;
extrants ou résultats des activités de recherche;
retombées des activités de recherche. Ces indicateurs peuvent
éclairer des aspects importants, mais aucun type d'indicateurs ne suffit
à lui seul. L'amélioration des évaluations du rendement de
la recherche demande un certain nombre d'étapes : l'utilisation de
toute une gamme d'indicateurs; des données plus pertinentes et une
analyse plus fine; l'intégration de travaux réalisés sur
les mesures quantitatives et d'appréciations émanant
d'évaluateurs hautement qualifiés et dignes de foi; la
reconnaissance du fait que la recherche, de nature fondamentale tout
particulièrement, a des retombées indirectes,
imprévisibles et à très long terme |
c) Défi posé par une différenciation assortie d'un
haut niveau de qualité, en recherche et en enseignement
Nous avons déjà fait mention de la nécessité
d'une différenciation ou spécialisation des universités,
notamment pour l'utilisation optimale des ressources en recherche. Nous avons
constaté qu'il s'était produit, au sein du monde universitaire
ontarien, une différenciation assez poussée sans qu'on ait fait
appel à un plan directeur de réglementation. Nous
suggérons maintenant que le cadre d'une différenciation plus
marquée devrait idéalement présenter quatre grandes
caractéristiques : i) mesures incitatives pour les
universités qui mettent l'accent sur les programmes d'études de
premier cycle, tout en offrant, dans certains domaines seulement et à un
degré limité, des programmes d'études supérieures
et de recherche de pointe d'envergure; ces établissements
bénéficieraient en permanence d'un financement de base et d'une
aide au titre général de la recherche de type
intégration-interprétation; ii) maintien de normes
rigoureuses d'admission et de poursuite à l'égard des programmes
d'études supérieures, notamment au niveau doctoral;
iii) mécanismes institutionnels propres à aider les
universités dans leur restructuration; iv) mesures incitatives
substantielles consacrant l'excellence des résultats dans les
universités à fort coefficient de recherche. Voici un bref
commentaire de chacune de ces caractéristiques :
i) Mesures incitatives pour les universités qui mettent l'accent sur les programmes d'études de premier cycle, tout en offrant, dans certains domaines seulement et à un degré limité, des programmes d'études supérieures et de recherche de pointe d'envergure; ces établissements bénéficieraient en
permanence d'un financement de base et d'une aide au titre
général de la recherche de type
intégration-interprétation, encouragements qui seraient
substantiels dans tous les secteurs.
Ces mesures incitatives devraient comprendre un appui spécial
à l'infrastructure, aux fins suivantes :
- facilité d'accès pour la population étudiante et
le corps enseignant aux grandes bibliothèques de recherche d'autres
établissements;
- liaison électronique permettant aux membres du corps
enseignant d'un petit campus ou d'un établissement sis en région
éloignée de collaborer de façon suivie avec leurs
collègues chercheurs des grands centres (sauf s'il s'agit d'un type de
recherche qui demande un travail collectif en présence du groupe, dans
un laboratoire par exemple);
- meilleure exploitation des moyens technologiques qui permettent aux
enseignantes et enseignants d'intégrer à leurs cours des
conférences (en tout ou partie) de chercheuses ou de chercheurs
émérites s'exprimant sur le sujet.
Des mesures de ce genre favoriseraient l'amélioration du calibre
des établissements surtout voués à l'enseignement de
premier cycle et de leur pouvoir d'attraction : i) en mettant
à la portée des enseignants et des étudiants les
ressources documentaires d'universités réputées en
recherche; ii) en offrant aux enseignants de meilleures occasions de
travailler à des projets de recherche conjoints avec des
collègues d'autres milieux; iii) en aidant les enseignants à
enrichir leurs cours en y intégrant des présentations visuelles
d'autorités du domaine. Ces mesures demanderaient un niveau minimal de
raccordement aux réseaux de communication électronique et des
regroupements entre universités, et elles exigeraient tout probablement
des services de coordination de la part d'une organisation telle que le Conseil
des universités de l'Ontario.
ii) Maintien de normes rigoureuses d'admission et de poursuite à l'égard des programmes d'études supérieures, notamment au niveau doctoral.
L'Ontario a établi un système mondialement renommé
d'homologation des programmes d'études supérieures, qui
relève d'une division du Conseil des universités de l'Ontario. Il
est souhaitable de conserver ce système, qui devra cependant relever de
nouveaux défis dans le sillage des politiques récentes sur la
réduction des effectifs et la retraite anticipée. La
capacité de recherche et sa répartition dans les
universités ontariennes ont récemment subi des changements
significatifs.
Le processus d'homologation continuera à être
étayé par des conditions d'admissibilité au financement et
par une surveillance régulière, qui assureront le respect des
meilleures normes.
iii) Un organe qui seconderait, au besoin, les efforts de
restructuration des universités, à titre consultatif plutôt
que prescriptif.
La réduction des ressources a entraîné une
évaluation plus serrée des secteurs de l'enseignement et de la
recherche où les universités présentent des points forts.
De façon générale, il vaut mieux que les adaptations
nécessaires soient laissées au jeu normal des forces de
coopération et de concurrence entre les universités. Pourtant, il
y a des secteurs où il pourrait être particulièrement
difficile pour les établissements de procéder à ces
ajustements sans l'aide d'un organe intermédiaire. Par exemple, s'il
apparaissait clairement que les professeurs d'un certain domaine étaient
trop nombreux dans les universités ontariennes, cet organe pourrait
trouver des moyens d'abaisser ce nombre de façon appropriée, sans
porter atteinte à l'autonomie des universités en ce qui concerne
leurs programmes d'études.
iv) Des mesures incitatives plus substantielles sont
nécessaires pour permettre aux universités à fort
coefficient de recherche de satisfaire aux normes internationales de
qualité.
Dans la présente étude, nous avons insisté sur le
fait que la recherche est une activité essentielle pour toute
université. Mais les établissements ayant opté pour des
programmes de pointe en recherche et en études supérieures et qui
répondent aux meilleures normes internationales présentent des
besoins particuliers. Ils doivent être en mesure de soutenir avec
succès la concurrence dont font l'objet les chercheurs d'exception sur
les marchés internationaux, niveau où ces postes sont
particulièrement onéreux, sur le plan de la
rémunération, mais aussi et parfois bien
davantage sur celui de l'infrastructure et du soutien de la recherche
dont ils sont normalement assortis. Ces établissements doivent disposer
du financement nécessaire aux infrastructures et frais
généraux qui vont de pair avec un calibre élevé
d'activités de recherche et d'études supérieures.
L'enseignement et la recherche sont des fonctions qui doivent être
présentes dans toutes les universités, mais la
différenciation dont il est question ici est fondée sur des
mesures incitatives favorisant l'excellence du rendement dans les
établissements à partir de la formule mixte d'enseignement et de
recherche qu'ils ont choisie. |
| Point de synthèse 19 : Les
universités choisissent, chacune, des voies différentes pour leur
évolution, tout en assurant la double fonction d'enseignement et de
recherche qu'on attend de toute université. Cette différenciation
est importante pour donner le choix aux étudiantes et étudiants
et pour exploiter les ressources de façon rationnelle. On devrait offrir
des mesures incitatives plus substantielles aux universités qui
privilégient les programmes d'études de premier cycle et
renoncent à dispenser des programmes d'études et de recherche
d'envergure aux cycles supérieurs. Le soutien à l'infrastructure
de ces établissements devrait leur permettre d'avoir accès aux
ressources documentaires, de mener des travaux de recherche conjoints et de
bénéficier de la capacité d'enseignement
d'établissements de recherche majeurs tout en conservant les
points forts de leur milieu d'apprentissage propre. Parallèlement, il
est nécessaire d'assurer le maintien de normes rigoureuses pour que les
programmes d'études supérieures continuent d'être
agréés, notamment au niveau doctoral, et l'on devrait faciliter
la restructuration entre universités lorsque les programmes sont trop
nombreux dans un secteur donné. Il faudra également offrir des
mesures incitatives aux universités qui optent pour des programmes
d'études et de recherche d'envergure aux cycles supérieurs. Ces
universités doivent pouvoir s'attacher des chercheuses et chercheurs de
classe internationale, niveau où ces postes sont particulièrement
onéreux, sur le plan de la rémunération, mais
aussi et parfois bien davantage sur celui du soutien à la recherche dont ils sont normalement assortis. Ces établissements
doivent disposer du financement nécessaire au chapitre de
l'infrastructure et des frais généraux de la
recherche. |
d) Nécessité d'établir de nouveaux
mécanismes
Les temps ne sont pas propices à l'établissement de
nouveaux mécanismes publics; le gouvernement s'est plutôt
préoccupé d'en abaisser substantiellement le nombre. Pourtant, il
y a des aspects de l'élaboration d'une politique de la recherche, dont
nous avons d'ailleurs traité ici, qui gagneraient à relever d'une
forme quelconque d'organe nouveau.
Le Comité consultatif a recommandé l'instauration d'un
organe consultatif qui se pencherait sur un certain nombre de questions dont ne
pourraient s'occuper aussi bien le ministère, le Conseil des
universités de l'Ontario ou les collèges et universités.
Une des fonctions de cet organe serait l'évaluation du rendement global
de l'ensemble des collèges et universités de l'Ontario, et cette
fonction aurait une grande importance pour une politique de la recherche.
L'Ontario a besoin d'une fondation qui aiderait à combler les
lacunes du financement de la recherche. Le Québec s'est donné des
conseils analogues aux conseils subventionnaires fédéraux, mais
il ne serait probablement pas indiqué que l'Ontario agisse de même
et procède à un dédoublement. S'il était possible
d'établir un tel conseil dans un certain secteur, il conviendrait
d'instituer en priorité un conseil de la recherche en santé,
étant donné l'envergure et les caractères particuliers de
la recherche dans le domaine des sciences de la santé.
Pour être efficace, une politique de la recherche doit pouvoir
compter sur une large assise, motivée par la compréhension et
l'enthousiasme des dirigeantes et dirigeants du secteur privé, et la
mise en place de cette base appelle l'instauration d'une certaine forme
d'organe institutionnel.
Si l'on veut que les politiques de la recherche se gagnent une
priorité plus élevée dans les processus
décisionnels des pouvoirs publics, il faudra une évaluation plus
serrée des moyens de transmission au Conseil des ministres de l'essence
des besoins et des solutions possibles. |
| Point de synthèse 20 : La
réflexion sur une politique de la recherche mène à cerner
plusieurs secteurs où un changement institutionnel pourrait être
approprié. La recommandation du Comité consultatif touchant la
formation d'un organe consultatif sur l'éducation postsecondaire serait
avantageuse à des niveaux tels que celui de l'évaluation du
rendement de la recherche dans le réseau. Une certaine forme de
fondation aiderait à combler les lacunes que présente le
financement de la recherche. Il serait utile d'instituer une tribune qui
permettrait aux dirigeantes et dirigeants des secteurs privé et public
d'exprimer et d'échanger des opinions sur l'importance d'une politique
publique de la recherche et les formes qu'elle pourrait prendre. Le
gouvernement déterminera lui-même le degré de
priorité qu'il convient d'attacher à la politique de la recherche
par l'articulation de la filière de transmission des recommandations au
Conseil des ministres. |
Conclusions et sommaire
Les points saillants et les conclusions du présent document
figurent au sommaire du début.
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